01/08/2021

Comment les nations glissent de la grandeur à l’obscurité, sous nos yeux

Le déclin de l’Occident évolue à un rythme qui dépasse les prévisions les plus pessimistes, mais une grande partie de la population occidentale n’en a pas encore conscience, piégée dans un cycle sans fin de divertissements abrutissants de la télé-poubelle.

L’Occident a abandonné ses valeurs judéo-chrétiennes, a cédé à des impulsions hédonistes et est devenu désespérément décadent. La civilisation occidentale s’est plongée dans une dégénérescence indolente.

Essaie 5:20 : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume ! »

Don Feeder, l’auteur de l’article ci-dessous, intitulé « How Nations Slip from greatness to Obscurity » s’interroge : l’Amérique est-elle sur le chemin d’un déclin permanent ?

Il brosse avec tristesse et amertume un tableau bien noir de l’Amérique d’aujourd’hui, non sans une pointe de nostalgie et une mince lueur d’espoir.

***

Les Hommes, comme les Nations, pensent être éternels. Quel être humain de 20 ou 30 ans ne croit pas, du moins inconsciemment, qu’il vivra éternellement ?

Au printemps de la jeunesse, un été sans fin semble nous attendre. Quand on passe le cap des 70 ans, il est plus difficile d’ignorer la réalité.

Les nations aussi ont des saisons. Imaginez un Romain du IIe siècle, contemplant fièrement un empire qui s’étendait de la Grande-Bretagne au Proche-Orient, certain que cela durera ad vitam aeternam. Hélas, son éternité dura environ 5 siècles.

La France était à la mode aux 17e et 18e siècles. Aujourd’hui, le pays de Charles Martel est en passe de faire partie de l’oumma musulmane.

Au 19e et au début du 20e siècle, le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique. Aujourd’hui, Albion vit dans un crépuscule perpétuel. Sa souveraine de 95 ans est le symbole d’une nation en phase terminale de déclin.

Dans les années 1980, le Japon semblait prêt à acheter le monde. Les écoles de commerce enseignaient les techniques de gestion japonaises. Aujourd’hui, son taux de natalité est si bas et sa population vieillit si rapidement qu’une industrie a vu le jour pour enlever les dépouilles des Japonais âgés qui meurent seuls.

Je suis né en 1946, quasiment au milieu du 20e siècle – le siècle américain. Le prestige et l’influence de l’Amérique ne furent jamais aussi grands. Grâce à la « Greatest Generation », nous avons gagné une guerre mondiale, qui se déroula sur la majeure partie de l’Europe, de l’Asie et du Pacifique. Nous avons réduit l’Allemagne en ruines et mis l’Empire du Soleil levant au lit.

Cela ouvrit la voie à près d’un demi-siècle de prospérité sans précédent. Nous avons stoppé la propagation du communisme en Europe et en Asie, et combattu le terrorisme international. Nous avons aidé nos ennemis à reconstruire leur pays et prodigué une aide étrangère à une grande partie du monde.

Nous avons bâti des gratte-ciel et lancé des fusées vers la lune. Nous avons vaincu la polio et le COVID. Nous avons exploré les mystères de l’Univers et les merveilles de l’ADN, l’empreinte de la vie.

Mais où est la gloire, qui était autrefois celle de Rome ?

L’Amérique est passée d’une économie relativement libre au socialisme, qui a « si bien réussi » ailleurs dans le monde. Nous sommes passés d’un gouvernement républicain guidé par une Constitution à un régime d’élites renouvelables. Notre liberté diminue d’année en année.

Comme un signe avant-coureur du règne de la terreur, la Cancel Culture est partout. Nous avons échangé la Révolution américaine contre celle de la Cancel Culture.

La pathétique créature de la Maison-Blanche est un récipient vide rempli par ses manipulateurs. Au sommet du G-7, sa femme, le Dr. Jill, a dû le guider comme un enfant.

En 1961, quand nous étions jeunes et vigoureux, nos leaders l’étaient aussi. Maintenant, une nation faible est techniquement dirigée par l’homme le plus âgé à avoir jamais servi à la présidence.

Nous ne pouvons défendre ni nos frontières, ni notre histoire (y compris les monuments de la grandeur passée) ni nos rues. Nos villes sont devenues des terrains de jeu pour les anarchistes.

Nous sommes une nation de dépendants, de mendiants et d’altruisme dévoyé. Les vétérans sans abri campent dans les rues tandis que les étrangers en situation irrégulière sont hébergés dans des hôtels.

Le président des États-Unis ne peut même pas citer correctement le début de la Déclaration d’Indépendance. Les diplômés de l’Ivy League* échouent régulièrement à des tests d’histoire que des élèves de cinquième année pouvaient facilement réussir, il y a une génération.

Les taux de criminalité montent en flèche, mais nous blâmons le second Amendement et réduisons les budgets de la police.

Notre culture est complètement folle

  • Des hommes épousent des hommes. Des femmes se marient avec des femmes. Des hommes pensent être des femmes et vice-versa. Des gens combattent le racisme en cherchant à convaincre les membres d’une race qu’ils sont intrinsèquement mauvais, et les autres qu’ils sont des victimes perpétuelles. Une psychiatre woke donnant une conférence à Yale a déclaré qu’elle fantasmait sur le fait de « décharger un revolver dans la tête de n’importe quel Blanc ». (1)
  • Nous massacrons les enfants à naître au nom de la liberté, des droits de la femme, alors que notre taux de natalité diminue d’année en année.
  • Notre dette nationale est si élevée qu’il nous est impossible de prétendre pouvoir la rembourser un jour. C’est une dette colossale de 28 trillions de dollars, qui témoigne de notre imprévoyance et de notre refus de confronter la réalité.
  • Notre « divertissement » est sadique, nihiliste et aussi durable qu’un emballage de tablette de chocolat jetée à la poubelle. Notre musique est un bruit qui va de l’agaçant au répugnant.
  • Le patriotisme est appelé insurrection, la trahison est célébrée et la perversion sanctifiée.
  • Un policier en uniforme bleu suscite moins de respect qu’un homme habillé en femme.
  • On demande aux soldats de se battre, de sacrifier leur vie pour une nation à laquelle même nos dirigeants ne croient plus.

La façon dont la plupart se sont soumis docilement au Fauci-isme (le régime des masques et des désinfectants pour les mains) illustre bien la mort de l’esprit de liberté américain.

Pour passer de la Grandeur à l’Obscurité, il suffit aux nations :

  • de mener des guerres sans fin qu’elles ne peuvent ou ne veulent pas gagner ;
  • d’accumuler des dettes massives bien au-delà de leur capacité de remboursement ;
  • de refuser de protéger leurs frontières, permettant ainsi à des hordes d’étrangers d’envahir leurs pays ;
  • d’abandonner le contrôle de leurs villes à la loi du plus fort ;
  • de permettre l’endoctrinement des enfants et des jeunes ;
  • de perdre son identité nationale ;
  • d’abandonner sa foi et la famille, les deux remparts de l’ordre social.

En Amérique, chacun de ces symptômes est présent, ce qui indique un stade avancé de la maladie.

Même si la cause semble désespérée, n’avons-nous pas une obligation envers tous ceux qui sacrifièrent leur vie pour nous donner ce que nous avions ?

« Les nations qui tombent en se battant se relèvent, mais celles qui se rendent docilement s’effondrent»

Churchill

Je suis entouré de fantômes qui me poussent à aller de l’avant : les soldats de l’Union qui ont défendu la colline du cimetière à Gettysburg, les Bastonneurs de Bastogne, ceux qui servirent dans l’enfer glacial de Corée, les gars qui allèrent dans les jungles de l’Asie du Sud-Est et rentrèrent à la maison pour être méprisés ou abandonnés à leur sort.

C’est la nation qui a accueilli mes grands-parents immigrés, dont mon père et la plupart de mes oncles ont porté l’uniforme pendant la Seconde Guerre mondiale. Je ne veux pas imaginer un monde sans l’Amérique, même si cela devient de plus en plus probable.

Aux heures les plus sombres de la Grande-Bretagne, quand son armée fut piégée à Dunkerque et qu’une invasion allemande semblait imminente, Churchill rappela à ses compatriotes que « les nations qui tombent en se battant se relèvent, mais celles qui se rendent docilement s’effondrent. »

Si nous laissons l’Amérique glisser entre nos doigts, si nous perdons sans combattre, que dira de nous la postérité ?

Le pronostic est loin d’être bon. Dieu seul sait si une Amérique brillant à nouveau au soleil reviendra !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Rosaly pour Dreuz.info.

Recommandation de lire les  commentaires qui  suivent l'article sur Dreuz.info.

13/07/2021

Le catharisme, fausse hérésie et vrai danger

« La supplique des hérétiques ». 1210. Jean Fouquet

Fin du XIIIe siècle, le comté de Toulouse s’affirme comme terre de tolérance. Tandis que l’hérésie se répand en territoire occitan, à la cour, les troubadours chantent l’amour courtois. Une harmonie et un rayonnement que bouleversera, en 1209, la croisade contre les hérétiques (1).

Face à sa propre histoire, la France a encore du mal à sortir des schémas simplistes et des combinaisons binaires

Un havre de paix, de tolérance, de raffinement culturel et poétique, en somme une terre de lait et de miel, voilà la description courante de Toulouse et de sa région au XIIIe siècle, faite aussi bien par les revues de vulgarisation historique que par certains livres prétendument scientifiques. Une harmonie brisée par le fracas des armes et des lances portées par les soldats du Nord venus mettre un terme à la liberté de pensée, pour imposer l’ordre moral de la croix.

Le pape Innocent III, furieux de voir se développer une doctrine contraire au christianisme, a lancé la croisade pour mettre au pas les déviants, avec l’appui des puissants, c’est-à-dire du roi de France et des barons nordistes ; l’alliance des puissants contre les faibles (les villes libres du Sud) pour étouffer la liberté de pensée et imposer une chape de plomb.

Face à sa propre histoire, la France a encore du mal à sortir des schémas simplistes et des combinaisons binaires

Qu’en est-il alors réellement du catharisme, de son implantation dans le sud et de sa répression ? A-t-il été si populaire ? Est-il l’espace de liberté loué ? Reprenons donc le chemin des cathares pour explorer la réalité de ce mythe.

I/ Les manichéens, une fausse hérésie et une vraie religion

Une mise au point s’impose : le terme cathare n’est pas d’époque, il est récent

D’entrée de jeu, une mise au point s’impose : le terme cathare n’est pas d’époque, il est récent. Comme ces meubles contemporains qui imitent l’ancien et que l’on patine pour leur donner une tonalité authentique, cathare est un terme qui sonne bien, qui pourrait être vrai, mais qui est un néologisme créé pour désigner une autre réalité.

Les cathares, dans les documents d’époque, sont désignés comme les manichéens, les hérétiques, mais ni le terme cathare ni celui d’albigeois n’apparaissent dans les textes. Il est vrai que c’est un mot très commode, car il désigne immédiatement un groupe bien précis : les hérétiques de la région toulousaine au XIIe -XIVe siècle. Manichéen est un terme beaucoup plus vaste et donc plus flou, car il englobe aussi bien les Perses de Manès que les différents courants de pensée européens qui s’y rattachent. En dépit de cette approximation, le terme manichéen est plus juste dans le sens où il définit mieux ce qu’est ce mouvement impalpable et mouvant que l’on nomme cathare, aussi bien par tradition que par commodité. Nous nous en tiendrons donc à ce terme en bannissant celui de cathare.

Les manichéens toulousains n’ont rien d’original. Issus d’un évangélisme fondamentaliste teinté de dualisme, ils ne croient pas en un dieu bon, créateur de toutes choses. Pour eux, il y a un principe mauvais – le Mal – et un principe bon –un bon dieu.

Le monde a été créé par le Malin. Par conséquent, l’Évangile ne s’applique pas ici-bas, il n’y a que le ciel qui appartienne au dieu bon. Les choses visibles et matérielles ont été créées par Satan, il faut donc s’en détacher. Dans leur principe, les manichéens imposent donc le rejet du monde. De même, il y a deux Églises : la leur, la bonne, et la romaine, la mauvaise, celle de Satan. Ils ne reconnaissent ni les sacrements, ni la valeur de Marie, ni la réalité de la mort du Christ. Ils ne reconnaissent pas non plus l’eucharistie et la présence réelle, Dieu ne pouvant à leurs yeux prendre forme dans un objet aussi vulgaire. Ils rejettent la confession parce que les prêtres sont impurs, donc ils ne peuvent enlever les péchés. S’ils lisent l’Evangile en langue vulgaire, ils n’accordent pas la même valeur à l’Ancien et au Nouveau Testament : l’Ancien fut écrit par le dieu mauvais, le Nouveau par le dieu bon (2). Ne subsiste dans leur rite qu’un acte proche du baptême, le consolamentum, administré si possible avant la mort, et qui efface les péchés de ce monde. La chair est mauvaise et l’œuvre de la chair qui la perpétue condamnable. La chair est l’œuvre du Diable, et l’âme étant solidaire de la chair, elle meurt avec le corps, il n’y a donc pas de résurrection possible. En revanche, l’esprit ayant été créé par le Dieu bon, il ne meurt pas, mais peut entrer dans un autre corps, animal ou humain, c’est la métempsycose. L’esprit erre ainsi de corps en corps jusqu’à ce qu’il entre dans le corps d’un pur pour pouvoir alors, à sa mort, monter au ciel.

  • Les fidèles manichéens sont divisés en deux catégories, les « purs », les « parfaits », les élus qui renoncent à tout commerce charnel, qui possèdent et maîtrisent le savoir et qui peuvent être sauvé.
  • Les autres manichéens, simples fidèles, se livrent au mariage pour assurer la survie de l’espèce, mais sont voués à la damnation. A leur mort, leur esprit doit entrer dans le corps d’un pur pour pouvoir être sauvé.

Les parfaits pratiquent un strict végétarisme. Ils ne consomment ni viande, ni œuf, ni fromage. Ils ne tuent pas d’animaux, sauf du poisson parce que celui-ci est engendré par l’eau. Ils s’astreignent à trois périodes de carême par an, et trois jours de carême par semaine où ils ne consomment qu’un peu de pain et de l’eau. Une dure vie ascétique donc, bien loin des mœurs lascives présentées par certains livres.

À proprement parler, les manichéens du sud de la France ne sont pas des hérétiques, leur dogme n’est ni une rupture ni une déviance du christianisme, c’est autre chose, une autre religion. Leur doctrine est aussi terriblement dangereuse. En supprimant toute joie et tout salut de l’horizon humain, elle condamne l’homme à l’errance et au désespoir. En hiérarchisant les individus entre purs et impurs, elle ne réserve le salut qu’à une élite.

Nous sommes loin de la tolérance que certains auteurs veulent encore voir. Si elle a séduit, cette doctrine était condamnée à disparaître, ou du moins à rester marginale. Le manichéisme demeure une vision du rejet du monde et d’absence de confiance en l’homme.

Une fois définis les dogmes et les rites, il reste à savoir quelles catégories étaient attirées par ce mouvement de pensée et en quel nombre. C’est le point le plus délicat, car les textes sont peu nombreux, et bien évidemment nous ne possédons pas de fichiers statistiques établis par les hommes du temps. Les travaux récents des historiens convergent sur le fait que le manichéisme a surtout séduit dans les villes, parmi les populations d’artisans, d’ouvriers qualifiés, de la bourgeoisie. Une population d’élite donc, le petit peuple n’est pas concerné par ce courant, et demeure fidèle à l’orthodoxie romaine. De même, le mouvement est surtout très implanté dans les villes et très peu dans les campagnes. Il touche donc les classes aisées urbaines, une minorité de la population. Au total, on estime que 10 % de la population urbaine adhère au manichéisme au début du XIIIe siècle, et 2 à 3 % de la population rurale, soit 5 % de la population totale. Nous sommes loin d’un Sud cathare confronté à un nord romain, le manichéisme est et demeure minoritaire, l’écrasante majorité (95 % de la population) restant fidèle à Rome.

Du reste, ce mouvement n’a rien d’extraordinaire. Des hérétiques, des manichéens, le Moyen Âge en a connu d’autres, dont les noms et les variantes font les délices des théologiens de l’époque et des érudits d’aujourd’hui : béguines (3), bogomiles (4), gnostiques (5), vaudois (6), patarins (7), 4 la liste pourrait se prolonger. Tous ont été condamnés et poursuivis avec plus ou moins de rigueur, mais aucun n’a fait l’objet d’une croisade. C’est là la particularité du manichéisme toulousain. Ce pour quoi il est resté dans les mémoires, ce pour quoi il est idéalisé et déformé par bon nombre de ses adeptes, est parce qu’entre 1209 et 1229 le pape, Rome, l’Église, a lancé une croisade contre lui.

II/ La croisade, à l’assaut des hérétiques ?

Éliminons d’emblée les points fumeux : non, ce ne fut pas le triomphe du Nord barbare et brutal sur le sud policé et civilisé, ce ne fut pas non plus une colonisation française issue de l’impérialisme capétien sur « l’Occitanie ».

  • 1209-1229, vingt ans d’affrontements conclus par une victoire de l’Eglise et une défaite des hérétiques.

Éliminons d’emblée les points fumeux : non, ce ne fut pas le triomphe du Nord barbare et brutal sur le sud policé et civilisé, ce ne fut pas non plus une colonisation française issue de l’impérialisme capétien sur « l’Occitanie ».

Les manichéens, nous l’avons vu, sont présents en Italie du Nord, en Bulgarie, dans les Flandres, sur le Rhin et la Meuse. Pourquoi alors, seul le Languedoc a-t-il connu une croisade ? Philippe II Auguste (8) roi de France y est farouchement hostile : ce serait reconnaître la suprématie du pape sur ses États, insupportable ! Le pape Innocent III (9) y est lui favorable, notamment pour réprimer l’hérésie. Mais l’idée de croisade n’apparaît que tardivement, après l’échec des politiques conciliatrices. Surtout, elle s’inscrit dans un subtil jeu de géopolitique féodale où chacun tente de discréditer l’adversaire pour mieux faire main basse sur ses territoires.

Pour comprendre cet épisode guerrier, il faut avoir en tête la structure politique du sud d’alors. Ce que nous appellerons, par facilité, Languedoc, même si cela n’a aucun sens, est alors divisé en trois unités territoriales :

  1. l’Aquitaine appartient à la dynastie anglaise des Plantagenêt,
  2. la Catalogne, la Provence, Millau et le Gévaudan au roi d’Aragon,
  3. avec au centre le comté de Toulouse coupé par les possessions de la riche famille des Trencavel (Albi, Carcassonne, Béziers).

Raimond V, comte de Toulouse, est en proie à l’émancipation de la bourgeoisie de sa ville, qui remet en cause son pouvoir féodal. Il tente de réprimer cette émancipation pour maintenir sa main mise. Or une partie de la bourgeoisie toulousaine adhère au manichéisme (notamment parce que celui-ci prône un rejet de la hiérarchie ecclésiale et seigneuriale, ce qui conforte leur combat politique, un phénomène similaire a lieu dans les villes allemandes au XVIe siècle avec la Réforme).

Raimond V, en habile politique, décide donc de faire appel aux cisterciens pour réprimer l’hérésie, ce qui lui permettra de mater ses bourgeois velléitaires et de maintenir son pouvoir.

  • En 1177, il écrit au chapitre de Clairvaux pour dénoncer l’hérésie sur ses terres et demander l’envoi de prédicateurs pour la combattre. Subtil coup politique non dénué de danger, car il accrédite ainsi l’idée d’une région fortement touchée par l’hérésie, alors que les manichéens ne sont qu’ultras minoritaires.

    Dans le même temps, en proie avec son vieil ennemi Trencavel dont il aimerait bien annexer ses possessions, il décide de le faire lui aussi passer pour hérétique, afin de le discréditer et de prendre ainsi ses riches territoires. Jeu malin, mais jeu de vilain qui se retourne plus tard contre les comtes de Toulouse, qui y perdront terres et autonomie.

    Pierre d’Aragon a lui aussi des ambitions territoriales, il propage l’idée d’hérésie pour intervenir également dans cette région qu’il convoite. Nous sommes donc en présence d’une religion instrumentalisée pour des raisons politiques.

À son avènement en 1198 Innocent III se décide à intervenir.

  • Il envoie trois hommes énergiques : Arnaud Amalric – abbé de Cîteaux en 1204 -, Raoul de Fontfroide et Pierre de Castelnau, son légat, pour purger et remettre sur pied l’épiscopat languedocien afin qu’il combatte l’hérésie avec vigueur.

    La question de la croisade n’apparaît pas pour l’instant.

    Les cisterciens multiplient prêches et prédications pour ramener les déviants vers l’Eglise, avec des succès très mitigés. Jusqu’en 1218, ce sont les cisterciens qui mènent le mouvement contre les hérétiques, repris à cette date par les dominicains – ordre nouvellement créé – devant le peu de succès de ces derniers.

    Raimond VI (10), bien que catholique, a alors la fâcheuse tendance à protéger des hérétiques dans sa cité afin de s’attirer leurs faveurs. Cela ne plaît guère à Amalric, qui l’excommunie en 1206. C’est alors que survient un événement imprévu et bouleversant, l’assassinant du légat du pape Pierre de Castelnau, en 1208.

    Raimond VI est fortement suspecté d’être le commanditaire de ce meurtre.

Le pape ne peut rester sans réagir : le 10 mars1208 il lance la première croisade en pays chrétien.

  • Simon de Montfort, un puissant seigneur du Nord, excellent combattant et redoutable stratège en prend le commandement.
  • Le 21 juillet 1209, les croisés sont devant Béziers et demandent qu’on leur livre 223 hérétiques notoires. Les Biterrois refusent, la ville est prise le lendemain. Débordant les chefs de guerre, la piétaille met la cité à feu et à sang, causant de nombreux morts parmi la population.
  • Le 15 août 1209, c’est Carcassonne qui est prise. Louis, futur Louis VIII et fils de Philippe Auguste prend part aux combats. Trencavel, qui est dans le camp des hérétiques, perd la vie durant la bataille. Albi et Castres rallient le camp des croisés, ce qui donne plus d’hommes et de soutien aux troupes royales.
  • Le 12 septembre 1213, a lieu la grande bataille de Muret. Simon de Montfort y montre tout son talent et remporte une bataille décisive contre les troupes du comte de Toulouse. La victoire de Muret assoit la domination des Français.
  • Mais Toulouse reprend l’offensive en 1216 et remporte une succession de batailles jusqu’en 1224.
  • En 1218 Simon de Montfort est tué au combat, ce qui désoriente quelque peu l’armée croisée.
  • En 1226, Louis VIII relance le mouvement et accumule les victoires, le comte de Toulouse est alors obligé de se rallier au roi.
  • En 1229 il signe le traité de Meaux, par lequel il reconnaît sa défaite. Il garde son duché, mais sa fille unique doit épouser Alphonse de Poitiers, le frère du Dauphin, le futur Louis IX, assurant ainsi l’arrivée du fief dans la couronne.

Cette victoire est-elle celle du Nord sur le Sud ? De la France sur l’Occitanie ? Non, il n’y a pas de front uni contre la croisade.

  • Si Raimond VI se croise en 1209, c’est pour prendre les terres de Trencavel. Le malheureux périt à Carcassonne perdant vie et fiefs, le comte de Toulouse est trop heureux de ce décès. Cahors et Albi sont des seigneuries épiscopales, les patriciens de ces villes soutiennent les croisés, car c’est pour eux l’occasion d’éliminer princes et seigneurs, et donc d’augmenter leur pouvoir (11).

    De même, nombreux sont les seigneurs locaux qui ont accueilli la croisade avec satisfaction et qui l’ont utilisée pour s’émanciper de leur tuteur.

    Il n’y a donc pas un front Nord/Sud, mais une division politique du Sud qui profite aux croisés comme à de nombreux seigneurs : la chute des comtes de Toulouse est un événement heureux pour bien des gens de la région. À eux seuls, les croisés n’avaient pas les forces suffisantes pour conquérir le Sud, leur armée est beaucoup trop faible. À la bataille de Muret, on estime qu’ils ont à peu près 900 cavaliers contre 3000 pour l’alliance Aragon/Catalogne/Toulouse/Foix. Non seulement ils sont en infériorité numérique, mais en plus, le mode de recrutement ne permet pas d’aligner une armée permanente. Les soldats se croisent pour quarante jours, une fois leur service fini, ils retournent chez eux. Montfort n’a donc pas beaucoup d’hommes. Pour gagner, il est obligé de s’appuyer sur l’aristocratie locale, de profiter de son attentisme ou de sa neutralité.

Au final, l’annexion du Midi se passe bien, car il n’y a pas d’opposition entre deux France, c’est la même culture et la même civilisation, loin d’être d’ailleurs une annexion, le rattachement du comté de Toulouse dans le royaume de France est l’aboutissement d’une politique entreprise depuis de nombreuses années. Le Languedoc n’a jamais été indépendant, il n’a d’ailleurs jamais existé, pas plus que l’Occitanie. Cela fait partie des lieux communs imaginaires et des fantasmes oniriques d’une littérature revendicatrice.

III/ Mythes et fantasmes sur les cathares

Jules Michelet a plus fait pour inventer des mythes et des fables que pour analyser et comprendre l’histoire

Oubliés les cathares, endormis dans la cendre froide de leur dernier bûcher. Et ressuscités au XIXe siècle sous la plume du républicain Jules Michelet, qui a plus fait pour inventer des mythes et des fables que pour analyser et comprendre l’histoire.

A cette époque débute l’utilisation politique de l’histoire, où chaque auteur fige les temps passés selon les combats et les luttes des temps présents

C’est lui qui bâtit l’histoire des cathares, ils sont la victime idéale : les Purs, les Parfaits, anéantis par l’Église et par la monarchie. Cette vision est reprise par l’école historique issue du protestantisme libéral, qui voit dans les cathares les initiateurs de la Réforme et de la république en butte à l’obscurantisme de la monarchie.

Avec cette renaissance, débute l’utilisation politique de l’histoire, où chaque auteur fige les temps passés selon les combats et les luttes des temps présents. En ces temps où la république est incertaine, et où l’anticléricalisme est virulent, les cathares deviennent la lance commode pour percer le flanc de l’Église et du modèle politique honni. Sur ce renouveau se greffent les amateurs d’ésotérisme mystique, qui projettent leurs fantasmes en décrivant des cathares bien loin de la réalité. Il n’est qu’à feuilleter quelques livres ou quelques revues pour être étonné de l’imagination débordante de certains auteurs.

  • Montségur devient la montagne du Graal, les cathares les héritiers du Christ connaissant des secrets mystérieux persécutés par l’Église qui veut empêcher le dévoilement de ces secrets.
  • Au début du XXe siècle, c’est au tour des nazis – dont rien de ce qui est païen ne leur est étranger – de se passionner pour les cathares. Pendant l’Occupation, Hitler envoie même des archéologues en Ariège pour effectuer des recherches sur les communautés.
  • Toujours polymorphe, toujours mouvant, le catharisme est aujourd’hui repris par les mouvements régionalistes, qui y trouvent matière à s’affirmer et à s’inventer une histoire, et comme il est de bon ton d’être une minorité persécutée, les cathares répondent parfaitement à ces critères, surtout quand on falsifie leur histoire.
  • Les agences de tourisme vendent du pays cathare à des adultes en mal de peur et de frissons, et jouent à l’échelle régionale le rôle des Templiers à l’échelle mondiale. Comme quoi communisme et libéralisme peuvent très bien cohabiter.

Autour des cathares, les plus grandes falsifications concernent déjà leur nom.

La fameuse croix cathare, cette croix cléchée rouge terminée par trois petites boules à chaque barre, n’est pas non plus d’époque, c’est en fait une croix celtique égarée dans le sud

Nous avons vu que celui-ci date d’une période récente et n’est donc absolument pas contemporain. De même la fameuse croix cathare, cette croix cléchée rouge terminée par trois petites boules à chaque barre, n’est pas non plus d’époque, c’est en fait une croix celtique égarée dans le sud. Le plus drôle dans cette falsification est qu’on attribue une croix aux cathares alors même qu’ils détestent la croix et qu’ils la rejettent, car c’est pour eux un symbole de Satan.

Ne faisons pas non plus des cathares des intellectuels abattus par des brutes. C’est tout le contraire.

Les manichéens sont loin d’avoir la puissance intellectuelle de leurs adversaires, leurs procédés demeurent très archaïques, leur réflexion se limite à un peu de gnose mêlée de citations de la Bible, ils sont loin d’avoir le brio et la puissance d’un Arnaud Amalric ou d’un Pierre de Castelnau et des autres moines cisterciens.

C’est à Arnaud Amalric d’ailleurs qu’est attribuée la fameuse phrase « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », qui fait depuis Michelet le bonheur de tous les anticléricaux. Difficile de connaître exactement la genèse de cette citation et de savoir si elle a bien été prononcée. Elle nous est rapportée par un moine cistercien allemand, Césaire de Heisterbach, qui écrit dix ans après les faits. Celui-ci écrit dans ses chroniques qu’Arnaud, comprenant lors du siège de Béziers (1209) que sous l’effet de la piétaille, qui a pris d’assaut la ville, les catholiques aussi bien que les hérétiques seraient tués, et sous le feu des questions des chevaliers lui demandant comment faire pour reconnaître les premiers des seconds, aurait dit : « On rapporte que l’abbé, craignant que [les hérétiques] ne fissent semblant d’être catholiques par peur de la mort, répondit : “Massacrez-les, car le Seigneur connaît les siens !” » Notons d’abord que cela ne choque absolument pas les contemporains, puisqu’un moine du même ordre qu’Arnaud cite cette phrase dans le but même de louer l’abbé de Cîteaux. Difficile ensuite de savoir si ces mots ont bien été prononcés : comment rapporter fidèlement des propos tenus dans le feu d’un assaut, et que l’on retrouve dix ans plus tard sous la plume d’un moine allemand ? Quelles distorsions et quelles transformations ont pu subir les mots de l’abbé ? Enfin, si la phrase est exacte, elle ne doit pas nous choquer, car elle correspond parfaitement aux mentalités du temps. Pour les hommes du XIIIe siècle, et a fortiori pour un moine, la vie sur terre n’est qu’un passage, un pèlerinage terrestre durant lesquels il faut veiller à être aussi bon que possible pour atteindre au plus tôt le Paradis. La vie ne prend son sens que dans cette perspective : accomplir ses devoirs de chrétien et atteindre le ciel au jour de sa naissance. . . au ciel (dies natalis). Que peut-on alors souhaiter de mieux à un homme, si ce n’est d’y parvenir au plus vite ? Que peut-on lui souhaiter de mieux si ce n’est d’être reconnu par son Créateur comme étant l’un des siens ?

Dans la mentalité des hommes du XIIIe siècle, la phrase attribuée à Arnaud Amalric est une très belle phrase, et ce n’est pas du tout l’expression d’un fanatisme borné. Nos mentalités ont changé, nous ne sommes plus en mesure de comprendre bien des faits ordinaires de leur vie, comme ils auraient sûrement beaucoup de mal à comprendre certains us contemporains.

Enfin, pour terminer dans la déconstruction des mythes, il faut bien s’attacher à ces fameux châteaux, Montségur, Puylaurens, Peyrepertuse que les guides présentent encore comme cathares.

  • Montségur, lieu du bûcher de 1244, haut lieu du catharisme, dont la construction est-ouest du château est exactement dans l’axe du soleil lors des solstices et des équinoxes, témoin du culte solaire rendu par les cathares et de la haute connaissance scientifique atteinte par ces personnes.

    Autour de cette constatation solaire se brodent les plus hautes théories et les thèses les plus incroyables.

    Incroyable en effet, car le château date du XVe siècle.

    Ces cathares sont vraiment forts pour être capables de bâtir une forteresse deux siècles après leur mort.

En réalité, ces citadelles n’ont rien de cathare, elles ont été édifiées sur ordre du roi de France pour protéger sa frontière sud contre les rois d’Aragon et de Catalogne, et visent à contrôler et surveiller les passages hautement stratégiques des Pyrénées. Cela n’enlève rien à leur majesté, au respect dû aux bâtisseurs de ces forteresses improbables, mais admirons-les en connaissance de cause, et non à cause de nos fantasmes.

De même, ne mélangeons pas croisade et Inquisition, les deux n’ont rien à voir.

  • La croisade s’étend de 1209 à 1229, l’Inquisition débute en 1231. Non, les inquisiteurs n’étaient pas dans les bagages des croisés. Avant la croisade, l’Église a d’abord essayé de convertir les manichéens par la parole et la prédication. Ce rôle est dévolu aux cisterciens et à leurs abbayes, et parmi elles, à celle de Fontfroide, abbaye des Corbières, fille de Clairvaux, pôle spirituel de la région d’où sortent des théologiens en soldats de Dieu.

    Au XIIIe siècle Fontfroide compte 100 moines profès et 300 convers (12), sa puissance économique est égale à sa force spirituelle.

    Les cisterciens encerclent la région hérétique d’un cordon sanitaire d’abbayes qui diffusent la juste parole de Dieu : Saint Guilhem du désert, Saint-Martin du Canigou, Moissac, Saint-Michel de Cuxa, autant d’abbayes antérieures à l’hérésie, mais qui deviennent un rempart monastique contre les déviants. Mais l’action cistercienne ne se limite pas aux seuls hétérodoxes. L’Eglise en Languedoc est vive et vigoureuse, un peu trop même, au point qu’elle a tendance à s’émanciper de Rome. Ainsi, les évêques sont-ils élus par les chanoines et couronnés par l’archevêque. Rome veut mettre un terme à cette pratique pour asseoir son autorité et combattre un fédéralisme dangereux, pour renforcer le centralisme.

La lutte contre l’hérésie devient un moyen d’asseoir l’autorité pontificale et de renforcer la puissance du Pape.

  • Pour l’Église aussi, la croisade revêt le vêtement paradoxal de la politique : combattre l’ennemi de l’extérieur et éviter un péril intérieur.

    Après le traité de Meaux et le départ des croisés, les manichéens ne sont pas vaincus pour autant. La lutte politique est achevée, mais la lutte spirituelle continue. Les cisterciens ont montré leurs limites, en dépit du brio de leurs orateurs, ils n’ont pas réussi à convertir les hérétiques. C’est pour eux un échec. Même si le Saint-Esprit n’est pas un objet d’étude historique, et s’il est difficile de quantifier le rôle de la Providence dans les actions humaines, il faut reconnaître que dans ses moments de crise, l’Eglise a toujours eu les ressorts de faire naître un mouvement nouveau pour affronter les difficultés des temps.

Alors que les cisterciens ont été le phare du XIIe siècle et que ce phare commence à montrer les fatigues de son action surgit, au cœur de ce Midi hérétique, un nouvel ordre destiné à une carrière brillante, celui des Dominicains.

  • Né vers 1170, Dominique de Guzman part à Rome avec son évêque Diègue d’Acébès. En traversant le Languedoc, il découvre effaré les communautés hérétiques de la région. Se mettant alors au service de Foulques, évêque de Toulouse (1206), il fonde ses premières communautés de moniales. Ainsi débute l’ordre des frères prêcheurs, plus humble, plus austère, plus pénitent que les cisterciens.

Les succès sont probants et l’hérésie recule.

À partir de 1233, les Dominicains se voient confier la conduite de l’Inquisition. Sur l’Inquisition, il y a beaucoup à dire et surtout à démentir. Tout le monde où presque connaît cette gravure célèbre du bûcher de Montségur où l’on voit un dominicain extatique brandissant une croix de bois devant des corps cramoisis rougissant sous les flammes vives avec en fond de paysage la silhouette hiératique et rigide du château de Montségur. Un bûcher où brûlent 244 personnes, voilà de quoi attirer les lamentations du tribunal de l’histoire.

Remarquons d’emblée que Montségur est un non-événement, ce bûcher n’a en rien changé le cours de l’histoire et n’a eu aucune répercussion dans l’histoire nationale, ce n’est donc pas une des « trente journées qui ont fait la France ».

Néanmoins, que s’est-il passé à Montségur pour que l’on édifie un tel bûcher ?

  • Une communauté d’hérétiques s’est retranchée dans cette forteresse difficilement prenable dans les confins de l’Ariège.
  • En 1242, une soixante d’hommes descendent de la montagne mener une expédition à Avignonet, où ils tuent sept dominicains lors d’un prêche. Les autorités décident de réagir et lancent une expédition militaire qui n’aboutit qu’en mars 1244 avec la prise de Montségur par un petit groupe d’assiégeants.
  • Comme il est d’usage, la reddition est négociée : une trêve de quinze jours est laissée aux laïcs, aux civils et aux militaires pour leur permettre de quitter les lieux. Selon l’usage, l’Inquisition laisse la liberté à ceux qui reconnaissent leurs fautes.
  • Environ 240 personnes refusent de renier leur hérésie, et sont remises au bras séculier pour être conduites au bûcher. A bien des égards, Montségur est la reddition d’un dernier groupe de fanatiques, qui achèvent leur vie dans un suicide collectif sur les hauteurs de l’Ariège.

Conclusion

Le catharisme n’a rien de tolérant ni même de réjouissant, et la croisade n’a pas visé à écraser l’infâme, mais à régler, entre gens de guerre, de banales querelles politiques

Au-delà des mythes, un nouveau regard est nécessaire pour appréhender les cathares.

  • Non, le Languedoc – et encore moins l’Occitanie, qui n’a jamais existé, n’était une région florissante, indépendante et libre.
  • Le catharisme n’a rien de tolérant ni même de réjouissant, et la croisade n’a pas visé à écraser l’infâme, mais à régler, entre gens de guerre, de banales querelles politiques.
  • Au final, ce ne sont ni les croisés, ni les inquisiteurs, qui ont mis un terme à l’expérience des manichéens toulousains, mais le renouveau d’une Église portée par la beauté, la joie, et ses ordres prêcheurs, qui a réussi à intégrer en son sein les réalités nouvelles d’un monde changeant.

Le XIII° siècle n’est pas l’An Mil. Tout en restant les mêmes, les dogmes doivent se présenter sous un jour nouveau pour répondre à l’actualité des gens du « beau Moyen Âge ». (13)

Avec leur austérité rétrograde et leur évangélisme réactionnaire, les manichéens ont pu séduire un temps des populations encore largement païennes dans leur mentalité, et des urbains soucieux de s’émanciper de toutes les tutelles. Mais leur projet n’était pas viable pour durer dans le temps, et c’est finalement le christianisme qui sort renforcé de cette épreuve. Au moins ont-ils permis l’émergence des dominicains. Rien que pour cela, ils valaient la peine d’exister.

En 1277 Bernard de Castanet, archevêque d’Albi, fait ériger une nouvelle cathédrale sur les ruines de l’ancienne, dédiée à la martyre romaine sainte Cécile. Ce bâtiment est un défi aux hérétiques et une arme contre l’hérésie : d’aspect massif, sans sculptures, tout de briques, il ressemble à une forteresse. C’est la forteresse de la foi en pays cathare, une forteresse imprenable par les ennemis temporels et spirituels de l’Église, une forteresse qui lutte contre l’hérésie en témoignant du fait.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

04/07/2021

Conseils spirituels du 2ème siècle

Fin premier siècle, début deuxième (l’évangile de Jean est édité en 109) les communautés chrétiennes approfondissent la foi et s’organisent, car la brutalité des persécutions amène les croyants à se poser des questions fondamentales en visant l’essentiel de la vie humaine.

Ala fin du 1er siècle, la Didachè (= enseignement) est un texte écrit à Antioche, en Syrie, qui s’adresse à des hommes et des femmes confrontés à l’épreuve. La communauté est composée de personnes de culture juive et de nouveaux venus de culture païenne, tous attachés à vivre l’évangile du Christ.

Les premiers disciples se dénommaient les « pratiquants de la Voie », s’inspirant du Deutéronome et de Hillel. On le retrouve ici dans ce texte de la Didachè qui invite à faire le bon choix :

« Il y a deux voies, l’une de la vie, l’autre de la mort. Mais la différence entre les deux est capitale. Car la voie de la vie est la suivante : tu aimeras d’abord Dieu qui t’a créé, ensuite, ton prochain comme toi-même, et tout ce que tu ne voudrais pas qu’il t’advienne, toi non plus, tu ne le feras pas à autrui…

Tandis que la voie de la mort est celle-ci, mauvaise et pleine de malédictions : meurtres, adultères, convoitises, débauches, vols, idolâtrie, pratiques magiques, empoisonnements, rapines, faux témoignages, hypocrisie, duplicité, fourberie, orgueil, méchanceté, arrogance, cupidité, obscénité, jalousie, insolence, faste, fanfaronnade, absence de crainte.

Les persécuteurs des hommes de bien sont ennemis de la vérité, amis du mensonge, toujours en éveil non pas pour le bien mais pour le mal ! »

Début 2ème siècle, un écrit attribué à Barnabé, compagnon de Paul, apporte des réflexions existentielles sous forme également de mises en garde rappelant la Didachè.

« N’accorde aucun crédit à ces hommes qui sont semblables à des porcs. Quand ils sont dans les délices, ils oublient le Seigneur. Quand ils sont dans le dénuement, ils se souviennent de lui ! Exactement comme le porc : lorsqu’il se repaît, il ne connaît plus son maître ; mais il se met à grogner dès qu’il a faim. Puis lorsqu’il a reçu sa pitance, il redevient silencieux.

Tu ne te nourriras pas de l’aigle, de l’épervier, du milan ou du corbeau ! N’accorde aucun attachement – au risque de leur devenir semblable – à ces hommes qui ne savent pas gagner leur pain au prix de leur effort et de leur sueur, mais qui s’emparent injustement du bien d’autrui. Ils sont aux aguets, tout en allant et venant d’un air candide, et ils épient la proie que leur convoitise va dépouiller. Comme ces rapaces, seuls de leur espèce, qui au lieu de se procurer eux-mêmes de quoi se nourrir, restent perchés paresseusement en attendant de dévorer les autres, ils sont par leur attitude aussi néfastes que la peste. »

A la fin du règne de Trajan, début 2ème siècle, Ignace, évêque d’Antioche est arrêté lors d’une persécution. Il envoie un message en forme de credo aux membres des communautés, afin de répondre à leurs questionnements.

« Je rends grâce à Jésus Christ Dieu qui vous a remplis de sagesse. J’ai constaté combien votre foi est accomplie et inébranlable, comme si vous étiez cloués de chair et d’esprit à la croix de jésus Christ, et solidement enracinés dans son amour par le sang versé par le Christ, avec la ferme conviction que Jésus Christ est vraiment de la race de David selon la chair et Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu, véritablement né d’une Vierge, baptisé par Jean pour que par lui fût accomplie toute justice.

Il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate et Hérode le Tétrarque – c’est grâce au fruit de sa croix et à sa passion divinement bienheureuse que nous existons – pour lever son étendard dans les siècles par sa résurrection, et pour rassembler ses saints et ses fidèles, venus des Juifs et des païens, dans un corps unique qui est son Eglise. »

« Froment de Dieu, je serai moulu par la dent des bêtes pour être trouvé pur pain du Christ ».  « Là où est le Christ, là est l’Eglise catholique »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.