01/04/2021

« Les musulmans et la machine de guerre nazie » – critique de Bat Ye’or

 Bat Ye’Or a lu « Les musulmans et la machine de guerre nazie« *, de David Motadel, et elle a souhaité le faire découvrir aux lecteurs de Dreuz.

Le public francophone peut se réjouir de disposer d’un travail qui expose dans le détail et avec l’exactitude minutieuse de la recherche historique tout le panorama de l’alliance germano-islamique durant le XXe siècle. Certes il existe déjà de nombreux travaux sur ce sujet. Cependant le livre de Motadel a l’immense avantage de se placer sur le temps long de l’histoire et d’étudier dès la fin du XIXe siècle la géostratégie islamophile de l’Allemagne, ses développements ultérieurs au cours des deux guerres mondiales y compris dans l’entre-deux-guerres et ses conséquences jusqu’au XXIe siècle. Les activités politiques ou idéologiques de chaque personnalité citée sont mentionnées d’une guerre à l’autre dessinant un remarquable paysage géostratégique et idéologique homogène vis-à-vis de l’islam avec ses réseaux, ses incidences, ses projections. 

Un autre aspect novateur du livre consiste à analyser la mobilisation et l’instrumentalisation de la religion musulmane dans la guerre et dans ce cas précis son exploitation par l’Allemagne nazie dans sa géostratégie militaire pour atteindre ses propres objectifs. Cette orientation s’était déjà manifestée dès le début de la Première Guerre mondiale en 1914-18 dans l’alliance de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie avec l’Empire ottoman contre les puissances de l’Entente : France, Grande-Bretagne, Italie, Russie, Serbie et Monténégro. C’est en effet, à l’instigation de l’Allemagne qu’en novembre 1914 le sultan-calife ottoman lança aux musulmans son appel au djihad contre leurs ennemis communs. Le facteur religieux du djihad associait l’islam aux objectifs politico-stratégiques germaniques.  

Le livre est divisé en trois parties, chacune subdivisée en chapitres centrés sur différents thèmes. Dans les chapitres de la première partie, Motadel examine la représentation de l’islam et des musulmans dans la stratégie de guerre germanique. Cette vision, très favorable aux musulmans, se construit dès le XIXe siècle dans le contexte des rivalités européennes coloniales. La solidarité militaire de l’alliance germano-ottomane de la Première Guerre mondiale renforce l’islamophilie germanique de la seconde. Dans l’entre-deux-guerres des équipes d’experts, de diplomates, d’intellectuels et de militaires allemands s’intéressent à l’islam aux plans religieux et militaires dans une perspective privilégiant le pangermanisme. La littérature souligne les affinités idéologiques entre nazisme et islam. Axé sur le djihad, la guerre sainte et le martyr, ce mouvement issu des contacts du précédent conflit renforce la collaboration des leaders nazis avec des chefs religieux musulmans, muftis, imams prestigieux, leaders panislamistes qu’ils courtisent. Se posant en défenseur de l’islam, Berlin favorise les soulèvements de musulmans en Crimée, dans le Caucase et dans les colonies françaises et britanniques.

L’auteur examine à partir de 1941 la politique allemande envers l’islam élaborée par le ministère des Affaires étrangères et l’instrumentalisation des thèmes du djihad et du terrain religieux. Berlin devient un centre de ralliement d’Arabes venus de Syrie, de Palestine, d’Irak, d’Afrique du Nord. D’autres musulmans arrivent des Balkans, de Turquie, de Crimée, du Caucase, des républiques musulmanes d’Union soviétique, d’Afghanistan. Des muftis, des imams, des officiers musulmans supervisés par des cadres supérieurs allemands, assurent leur endoctrinement et leur formation militaire. Par leurs relais dans les pays musulmans ils diffusent dans une thématique religieuse une intense propagande haineuse contre les Alliés et surtout les juifs destinés à l’extermination.

La seconde partie composée de trois chapitres, examine la collaboration nazie-musulmane en 1939-45 dans les trois zones de guerre où l’enrôlement de volontaires musulmans fut important. Ces régions sont l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, notamment dans les pays arabes où réapparaissent les anciennes collaborations germano-musulmanes de 1914-18. Cette particularité se manifeste aussi sur le front de l’Est (Ostland) qui comprend, outre la Biélorussie et l’Ukraine, le Caucase, la Crimée, la Tchétchénie, les frontières asiatiques de l’URSS, la Pologne où est créé un siège de mufti, la Lituanie, la Lettonie, les Etats sur la Baltique avec l’enrôlement de leurs populations musulmanes tatares dans la Wehrmacht ou les SS. Enfin le front des Balkans avec leurs nombreuses populations musulmanes résiduelles installées depuis l’occupation ottomane de territoires chrétiens européens. Chacun de ces chapitres étudie minutieusement l’organisation de la collaboration à tous les niveaux de l’administration nazie avec les populations musulmanes et leurs chefs religieux dans les domaines militaires et la diffusion d’une propagande religieuse propagée dans l’ensemble du monde musulman. Cette partie expose l’imbrication des forces de l’Axe avec presque un demi-million de soldats musulmans d’ethnies diverses dispersés par le régime nazi sur les nombreux théâtres de guerre et dans les camps d’entraînement des pays occupés par le IIIe Reich. 

La troisième partie composée de trois chapitres analyse les thématiques des activités militaires des musulmans engagés volontaires dans l’administration germano-fasciste nazie. Ces chapitres étudient les mécanismes psychologiques et religieux de mobilisation de larges populations musulmanes, leur enrôlement dans la Wehrmacht et les SS, leurs assignations dans l’armée ou la police, dans le Service de renseignement intérieur (RSHA sous la responsabilité de Ernst Kaltenbrunner) impliqué dans les génocides et les massacres, leur répartition dans la garde des camps d’extermination. Sous le sous-titre : L’islam et la politique dans l’armée, quatre thèmes sont regroupés : le pôle religieux dans le recrutement des soldats musulmans, les rituels du culte et la discipline militaire, le rôle des imams et leurs écoles. L’auteur nous décrit la hiérarchie militaro-religieuse d’imams militaires commandant ces secteurs et leur formation. Le dernier chapitre de cette partie étudie le rôle de l’islam dans la propagande militaire et l’endoctrinement. Ces  secteurs se moulent dans les structures idéologiques et militaires du djihad, guerre théologique contre l’infidèle. L’instrumentalisation de la religion islamique par les nazis se manifeste dans  la mobilisation des musulmans et la propagande.

Cette masse musulmane accourue servir le IIIe Reich se chiffre à plusieurs centaines de milliers de volontaires venus d’Afrique du Nord, des pays arabes du Levant, y compris la Palestine, des Balkans, d’Albanie, d’Herzégovine, de Bosnie, du Caucase, de Crimée et d’Asie centrale, des Indes et de la Baltique. Bosniaques, Albanais, Azéris, Tatares, Arabes sont enrôlés. A l’époque où l’Europe occupée traque ses juifs et les extermine du fœtus au vieillard, elle accueille les musulmans avec égard et bienveillance. Elle leur accorde des privilèges spéciaux pour leurs célébrations religieuses et leurs mœurs, allant au-devant de leurs désirs et recommande de les traiter avec tact, de respecter leur religion, de s’abstenir de boire de l’alcool en leur présence, d’éviter les paroles offensantes, de ménager leur sensibilité.

L’islamophilie est telle que plusieurs hauts fonctionnaires nazis se convertissent, en premier Himmler, le cerveau et l’architecte de cette vaste stratégie transnationale associant les musulmans à l’idéologie et à la stratégie nazies d’extermination du judaïsme et du christianisme enjuivé. Tous les gouvernements des pays européens occupés y collaborent. Des équipes conjointes d’orientalistes allemands et européens travaillent ensemble avec des muftis, des imams, des ulémas. Ensemble ils coordonnent une propagande et un endoctrinement haineux diffusés sur la planète du Maroc aux Philippines. Le plus actif dans ce domaine est le mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, qui opère la fusion du militarisme nazi avec le djihadisme théologique par l’actualisation des versets coraniques et des hadiths.

Cette immense fresque expose l’ensemble des stratégies allemandes avec le monde musulman. Celles-ci sont coordonnées par les services du ministère nazi des Affaires étrangères dirigé par Ernst von Weizsäcker, par le ministère de la Propagande sous Goebbels, celui des Territoires occupés commandé par Alfred Rosenberg, les dirigeants de la Wehrmacht (Oskar Ritter von Niedermayer) et celui des SS dirigé par Heinrich Himmler. Tous ces ministères sont en lien avec les chefs musulmans d’unités militaires constituées exclusivement de volontaires musulmans d’Europe, d’Asie et d’Afrique.

Cette étude globale exhaustive dessine l’interpénétration fusionnelle de l’idéologie et des institutions politiques et militaires du IIIe Reich avec les armées musulmanes rassemblées, endoctrinées et organisées par le régime d’Hitler. C’est la concrétisation de l’islamo-nazisme. On est au cœur d’une humanité barbare nourrie d’une émulation du pire entre le nazisme exterminateur et le djihadisme génocidaire. Le rejet méprisant d’un christianisme issu du judaïsme stimule l’islamophilie des dirigeants du IIIe Reich.

Cette section examine aussi les derniers mois et semaines de la guerre où dès l’automne 1944, les désertions nombreuses, le refus de se battre et la panique désorganisent cette masse considérable de musulmans étrangers rassemblés en Allemagne ou dans les territoires occupés. Abandonnés par leurs chefs en fuite ou arrêtés beaucoup passent à l’ennemi. Dans les Balkans, les unités du Turkestan enrôlées dans la Wehrmacht rejoignent le camp des résistants. Après la guerre, ceux du Caucase, de Crimée, d’Union soviétique sont rapatriés par Moscou dès l’été 1945 et jugés. Mais la majorité des recrues musulmanes restèrent dans des camps en Allemagne. Bénéficiant en 1946 du statut de personnes déplacées, ils se fixèrent dans divers pays d’Europe occidentale.  Quant à Amin al-Husseini, il fut remis en mai 1945 aux Français qui, après l’avoir hébergé en lieu sûr pendant un an, le laissèrent filer au Caire où il fut reçu en héros. Car même si la guerre contre les Alliés avait pris fin par une défaite, celle contre les juifs continuait.

L’Epilogue fait le bilan de la politique nazie d’instrumentalisation des musulmans au service des visées stratégiques de conquête impériale germanique et des moyens considérables mis en œuvre. Hitler et ses collaborateurs percevaient l’islam comme une force unifiée et amie. Dans les dernières semaines du régime, Hitler préconisait pour la nouvelle Europe qu’il projetait de construire « une politique audacieuse d’amitié envers l’islam » (p.300).

Dans cette Epilogue l’auteur précise que son travail examine les formes d’instrumentalisation de l’islam religieux par l’idéologie militariste du IIIe Reich et non les réactions variées et contradictoires des musulmans à cette entreprise. Il constate qu’excepté l’exécution des grands criminels ou leur fuite, les principaux architectes du nazi-islamisme appartenant au ministère des Affaires étrangères, à la Wehrmacht ou aux SS sortirent indemnes de la guerre et réintégrèrent leurs fonctions, même ceux dont les peines furent réduites.

L’Epilogue retrace brièvement le sort de la masse des engagés volontaires musulmans du IIIe Reich restée après la guerre en Allemagne et notamment en Bavière. Désormais c’est la CIA qui instrumentalise l’islam, notamment le djihad durant la Guerre froide. Washington soutient les mouvements djihadistes contre le communisme et l’embauche des musulmans ayant servi les nazis dans la politique américaine antisoviétique. Une sorte d’internationale nazi-islamique d’après-guerre se dessine entre les Etats-Unis, l’Europe où résident la majorité des nazis et leurs collaborateurs européens et les islamo-nazis des pays arabes et musulmans.       

Malgré la richesse et l’abondance du matériel étudié, la structure du livre et l’ordonnance de ses thèmes confèrent à l’ouvrage une remarquable clarté agrémentée par une excellente traduction française qui en facilite la lecture. De nombreuses photographies témoignent de l’historicité irréfutable du récit.

Ce travail monumental appelle quelques commentaires, car il est clair que cette immense toile géographique transnationale ne disparut pas du jour au lendemain après la défaite allemande. Au Proche-Orient, al-Husseini réussit à faire immigrer dans des pays arabes certains de ses collègues musulmans au service des nazis. En outre il se constitua une milice et fit appel aux soldats musulmans de la Wehrmacht  parmi lesquels ceux de la division Handzjar qui perpétra des massacres de masse en Yougoslavie et un génocide de Serbes, de Juifs et de Roms. Avant même le déclenchement de la guerre arabo-israélienne de 1948 les hommes du mufti s’étaient introduit dans les villages arabes de Palestine et mêlés à la population menaient une guérilla sanglante contre  les juifs, alors que les armées de cinq Etats arabes se massaient aux frontières. Bien que le premier Secrétaire-Général de la Ligue arabe, Abdoul Rahman Hassan Azzam Bey annonçait « une guerre d’extermination et un massacre dont on parlerait comme de ceux des Mongols », aucun pays européen, excepté la Tchécoslovaquie, n’accepta de vendre des armes aux Israéliens. Après tout, deux ans seulement auparavant leurs trains sillonnaient leur pays emportant les juifs vers les camps d’extermination. Azzam bey prédisait un vaste pillage et le déferlement de volontaires musulmans venant des Indes, d’Afghanistan, de Chine et d’ailleurs excédant le nombre des Arabes de Palestine, et même des centaines de volontaires anglais. Utilisant les formules d’Hitler qui inversaient les réalités, il accusait les juifs de provoquer une guerre avec les Arabes. (D. Barnett et E. Karsh, « Azzam’s Genocidal Threat”, Middle East Quartely, Fall 2011, pp. 85-88).

La mentalité du mépris de la vie juive et conjointement l’admiration pour l’islam qui avait prévalu en Europe bien avant 1939, était encore très présente après 1945. Elle contribua à créer un organisme, l’UNRWA, financé par l’ONU et exclusivement réservé aux Arabes qui avaient fui la Palestine et auxquels s’étaient joints les soldats perdus du nazi-islamisme attirés par les promesses de génocide et de pillage. La seconde manifestation de la rémanence du nazisme fut l’élection comme premier président de la Commission européenne de Walter Hallstein (1958-67), nazi convaincu et auteur en 1938 du projet approuvé par Hitler d’une Europe sans juifs ni frontières régie par le IIIe Reich et économiquement liée au monde arabo-musulman. En Allemagne fédérale le chancelier en 1966-69 fut Kurt Georg Kiesinger, membre actif du parti nazi dès 1933 et travaillant sous Goebbels dans la section Propagande destinée au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. L’ONU avait à sa tête de 1972 à 1981 Kurt Waldheim, officier autrichien dans la Wehrmacht sur le front des Balkans durant les génocides. En France, Maurice Couve de Murville, ancien fonctionnaire de Vichy décoré de la Francisque, menait une carrière diplomatique distinguée avant de devenir Premier ministre. On pourrait multiplier ces exemples quand la Communauté européenne dès les années 1970 accepte secrètement l’entraînement sur son territoire de terroristes palestiniens. Réminiscences des exercices militaires des musulmans engagés dans la Wehrmacht et les SS.

J’ai décrit dans des livres et articles la rémanence d’un antisémitisme/antisionisme prégnant dans les institutions de l’UE, conjointement à une islamophilie bienveillante envers une immigration musulmane portes ouvertes. Des dates jalonnent cette politique, il serait trop long de les citer ici. Rappelons seulement les attentats terroristes anti-juifs, la piraterie aérienne, le boycott arabe du pétrole et la reddition européenne, les accords officieux du Dialogue euro-arabe entre les députés de tous les partis de la CEE et les pays arabes, accords qui pavèrent la voie de la dhimmitude en Europe et l’insécurité grandissante des juifs d’abord, puis des non-juifs. Les réseaux transnationaux de l’euro-nazisme avec l’islamo-nazisme perdurèrent dans les décennies de l’après-guerre. Ils conditionnèrent le soutien européen à l’OLP, organisation terroriste héritière du projet nazi-islamique d’éradication d’Israël. Le désir d’Himmler de remplacer le judéo-christianisme par l’islam s’exprime dans les lamentations actuelles sur les défaites musulmanes à Poitiers, Lépante et au siège de Vienne en 1683. Le nazisme revit dans la subversion de l’histoire par l’attribution à l’islam du patrimoine biblique, fondement du christianisme, dans la délégitimation de l’Etat hébreu pour justifier sa suppression, dans l’inversion de la vérité faisant des Israéliens des nazis et des Arabo-palestiniens engagés volontaires dans les forces du IIIe Reich, ses victimes.

C’est de cette toile invisible tissée dans la guerre d’extermination de 1939-45 contre les juifs par le nazi-islamisme que se développent aujourd’hui tous les poisons détruisant la civilisation judéo-chrétienne occidentale, cible du jihad depuis treize siècles. C’est de là aussi que sourd la haine anti-Trumpiste de l’Europe et son silence désapprobateur des accords d’Abraham. Trump qui écrasa d’un coup de pied toutes les entourloupes euro-arabes nazies savamment dissimulées dans la Palestinocratie. Un livre indispensable pour comprendre les sources de la désagrégation actuelle de la civilisation européenne.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Bat Ye’Or pour Dreuz.info.

30/03/2021

Proche Orient : une leçon pour le président Joe Biden

 Loin du souvenir des trop nombreuses guerres qui ont marqué le Moyen-Orient, la tentation est grande de penser que la diplomatie doit remplacer la force, et qu’une bonne négociation, quitte à en sortir perdante, vaut mieux qu’un conflit. C’est plus ou moins la philosophie qui semble inspirer la « pas si nouvelle » administration américaine, comme celle de l’ancien président américain Barack Obama.

Le Président Trump, quant à lui, avait sans doute tiré quelques leçons du Premier ministre britannique Winston Churchill et plus encore du misérable double jeu offert par Hitler au Premier ministre britannique Neville Chamberlain et au Premier ministre français Édouard Daladier, qui allait conduire, un an plus tard, à la Seconde Guerre mondiale. Daladier et Chamberlain étaient tellement opposés à l’usage de la force qu’ils préférèrent sacrifier la Tchécoslovaquie aux appétits nazis plutôt que de tenir bon tant qu’il était encore temps. Le reste, malheureusement, est bien connu.

D’autres se sont inspirés du général romain, Publius Flavius Vegetius Renatus : « Si vis pacem, para bellum » — Si tu veux la paix, prépare la guerre.

Le président Trump, après avoir constaté des décennies de stagnation dans le conflit israélo-palestinien, apparemment sans issue, avait adopté une philosophie similaire en décidant de prendre le problème à l’envers et d’écouter une autre version des faits. Il avait vu qu’Israël avait fait des concessions diplomatiques, en se retirant de toute la partie d’Égypte qui avait été envahi lors de la guerre de 1967, et de Gaza en 2005, pour gagner en échange, trois guerres, des dizaines de milliers de roquettes visant sa population civile, et un groupe terroriste, le Hamas, élu par un raz-de-marée à Gaza. Il n’avait pas fallu longtemps pour que les membres du Hamas jettent les fidèles de l’Autorité palestinienne du haut des immeubles et expulsent les autres.

Les administrations précédentes, comme celle du président Obama, s’accrochaient à l’idée que les conflits ne pouvaient être résolus que par la négociation. Trump et ses conseillers ont préféré se tourner vers le monde arabe, inquiet de l’expansion hégémonique iranienne, et tenter de parvenir à un accord global, qui inclurait finalement les Palestiniens.

Ces consultations ont rapidement débouché sur les accords d’Abraham – une paix entre Israël et quatre pays, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Il s’agit d’une percée spectaculaire jamais vue dans la région.

Pendant quatre ans, il a semblé que le président Trump ne récompensait qu’une seule partie, Israël. Bien que les décisions de son administration aient provoqué un tollé de la part de Mahmoud Abbas, de son entourage, des gouvernements européens et des Nations unies, curieusement, le monde arabe n’a pratiquement pas émis d’objection. Au contraire, ils se sont déclarés lassés de la « cause » palestinienne improductive et alarmés par la menace iranienne. C’est également une période au cours de laquelle le terrorisme palestinien a atteint l’un de ses plus bas niveaux.

Les médias internationaux se sont enflammés pour avertir Trump du résultat catastrophique qu’entraînerait la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et le transfert de l’ambassade américaine dans cette ville.

L’Union européenne et les Nations unies ont été au bord de la panique lorsque le président américain a reconnu le plateau du Golan – pris en 1967 après avoir été attaqué de là par la Syrie pendant des années – comme faisant partie d’Israël.

D’autres gestes, tout aussi importants, ont ponctué la vision de Trump : l’arrêt de l’aide financière à l’Autorité palestinienne tant qu’elle continuerait à inciter au terrorisme et à distribuer des salaires aux criminels emprisonnés en Israël ; la réduction du financement américain à l’UNRWA, une organisation des Nations Unies apparemment conçue pour perpétuer le statut de réfugié – ainsi que le conflit – pour les descendants des Arabes palestiniens qui ont fui pendant les guerres visant à détruire Israël en 1948 et à nouveau en 1967 ; la fermeture du bureau de l’OLP à Washington ; mais, surtout, l’établissement d’un plan de paix réaliste, tenant compte des intérêts de deux peuples et non de leurs dirigeants. Le plan de Trump offrait aux Palestiniens un État dans les zones qu’ils peuplent, une capitale administrative à définir, et 50 milliards de dollars d’aide pour développer leur économie. Ce plan a été rejeté par l’Autorité palestinienne avant même d’être élaboré.

Tout cela n’a en rien empêché les accords d’Abraham de voir le jour. Selon Jared Kushner, l’Arabie saoudite envisageait également de reconnaître Israël si l’administration Trump avait été élue pour un second mandat.

Ces mêmes Saoudiens s’inquiètent aujourd’hui d’un éventuel retour au JCPOA, l' »accord sur le nucléaire iranien » promu par des membres de l’administration Obama – John Kerry, Wendy Sherman et Joe Biden, alors vice-président – qui permettrait aux Ayatollahs d’obtenir des bombes nucléaires. L’accord JCPOA, parfois comparé à un « fromage suisse » pour ses nombreux défauts, parmi lesquels une « clause de caducité » autorisant le gouvernement iranien à enrichir de l’uranium et à obtenir des bombes nucléaires après quelques années, ainsi que le fait qu’il n’a aucune obligation de se soumettre aux inspections « en tout lieu et à tout moment » de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Malheureusement, les premières annonces du président Biden concernant l’Iran et l’Arabie saoudite ne sont pas de nature à rassurer les Saoudiens ou les autres alliés de l’Amérique dans le Golfe. Malgré les activités malveillantes de l’Iran à l’étranger – aide aux mouvements terroristes tels que le Hezbollah libanais et les Houthis au Yémen, enrichissement accéléré de l’uranium, développement de missiles balistiques intercontinentaux pouvant transporter des ogives nucléaires, et difficultés rencontrées par les inspecteurs de l’AIEA pour inspecter les sites nucléaires iraniens – M. Biden a déclaré à propos du JCPOA : « Il fonctionnait. Il était tenu fermement. Il n’y avait aucun mouvement de la part du gouvernement iranien pour se rapprocher d’une arme nucléaire. »

Malheureusement, ce n’est pas vrai. En 2017, une équipe d’Israéliens s’est introduite dans un entrepôt iranien et est repartie avec « des dizaines de milliers de fichiers secrets » qui documentent d’importantes tricheries.

Confronté à la décision du président Trump de se retirer de l’accord tant que l’Iran ne se comporte pas de manière moins agressive, Biden a répondu, encore une fois de manière incorrecte :

« L’accord historique sur le nucléaire iranien que nous avons négocié a empêché l’Iran de se doter d’armes nucléaires […]. Pourtant, Trump l’a mis de côté, incitant l’Iran à relancer son programme nucléaire… »

Malheureusement, au contraire, le JCPOA permet à l’Iran de fabriquer autant de bombes nucléaires qu’il le souhaite en quelques années.

Si la nomination d’Antony Blinken au poste de secrétaire d’État a suffi à rassurer les Israéliens et les Saoudiens, la désignation de Robert Malley comme représentant spécial pour l’Iran n’a fait que raviver leurs inquiétudes. Malley n’a pas seulement été impliqué dans la conception du JCPOA, il a été « exclu de la première campagne présidentielle d’Obama après que des rapports aient révélé qu’il avait rencontré des membres du groupe terroriste Hamas », et il aurait demandé que le Hamas soit inclus dans les négociations à l’avenir. Le sénateur Tom Cotton a tweeté :

« Il est profondément troublant que le président Biden envisage de nommer Rob Malley pour diriger la politique iranienne. Malley a un long passé de sympathie pour le régime iranien et d’animosité envers Israël. Les ayatollahs ne croiront pas à leur chance s’il est sélectionné. »

Reuel Marc Gerecht a écrit en 2018 :

« En ce moment, le régime clérical pourrait avoir un site clandestin de centrifugeuses à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, et nous ne le saurions pas…. Il n’y a rien dans le JCPOA qui pourrait nous aider à découvrir cette installation ou toute autre installation secrète éventuelle. »

Le gouvernement israélien, dont les services secrets ont réussi à démontrer la volonté de l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, a également mis en garde :

« L’accord a donné à l’Iran une autoroute pavée d’or pour construire l’infrastructure critique pour tout un arsenal de bombes nucléaires. Cet accord a donné à l’Iran les ressources nécessaires pour intensifier considérablement son agression et sa terreur dans tout le Moyen-Orient. »

Les déclarations de Biden sur la paix avec les Palestiniens ne sont pas non plus de nature à rassurer les alliés de l’Amérique au Moyen-Orient. Sa vision ne semble pas très éloignée de celle d’Obama et de Kerry.

Biden a résumé sa position l’automne dernier :

« Une solution à deux États est le seul moyen d’assurer la sécurité à long terme d’Israël tout en maintenant son identité juive et démocratique. Je ne sais pas comment ils font sans une solution à deux États. Et c’est aussi le seul moyen de garantir les droits des Palestiniens à un État qui leur soit propre. »

Ce qu’il semble oublier, c’est que ces tentatives d’engagement n’ont jamais abouti à aucun résultat, si ce n’est de raviver le conflit.

La question est de savoir ce que fera Biden s’il s’avère qu’une fois de plus, l’Autorité palestinienne décide qu’elle doit obtenir toutes les concessions possibles avant même d’entamer des négociations.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Pierre Rehov pour Dreuz.info.

27/03/2021

Conférence de presse de Joe Biden : on a attendu 64 jours pour ce spectacle écœurant

 64 jours après avoir été assermenté, Joe Biden a finalement donné une conférence de presse, si on peut appeler ça comme ça !

Parmi les 30 journalistes présents, Joe Biden a fait appel à une dizaine d’entre eux en se conformant à la liste que ses aides lui avaient préparée (ainsi qu’aux fiches de réponses pour les questions convenues d’avance). Comme de raison, le journaliste de FOX News, Peter Doocy, ne faisait pas partie de la liste de ceux qui avaient le droit d’interroger le président.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit la chronique de Michael Goodwin, paru dans le New York Post, le 25 mars.

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Biden ment, et les médias ne le remettent pas en question

Trois choses importantes sont ressorties de la première conférence de presse du président Biden.

  1. Le leader du monde libre est souvent dans la confusion la plus totale et dit beaucoup de choses qui sont manifestement fausses.
  2. Les médias sont ses complices et on ne peut pas compter sur eux pour lui demander des précisions.
  3. En raison des points 1 et 2, l’Amérique va connaître de sérieux problèmes.

Pour ce spectacle écœurant, nous avons dû attendre 64 jours ?

L’événement était significatif d’une manière affligeante. Nous savons maintenant sans l’ombre d’un doute qu’il n’y a aucun moyen de nier la terrifiante vérité. C’était le « coming out » de Joe Biden, et la Nation est face à un désordre qui ne fera qu’empirer avec le temps. L’homme qui a fait campagne sur l’unité est résolu à maintenir une polarisation permanente, ce qui signifie que la culture de l’annulation (« cancel culture ») et le climat racial oppressant sont là pour rester.

Joe Biden a laissé libre cours aux pires instincts de la gauche avec ses références répétées et méprisantes concernant les Républicains et en particulier Donald Trump.

À un moment donné, il a même accusé M. Trump d’avoir laissé les enfants immigrés « mourir de faim de l’autre côté » de la frontière mexicaine.

Il a dit cela dans une salle remplie de 30 supposés journalistes et pas un seul ne l’a corrigé ou même demandé s’il le pensait vraiment. En fait, pas un seul ne l’a contredit sur aucune des faussetés qu’il a énoncées.

Personne ne lui a non plus demandé pourquoi il avait lu des points de discussion préparés à l’avance lors de ses réponses à trois questions sur la politique étrangère. Aucun président récent n’a ressenti le besoin de faire cela.

Il y a également eu des moments où il paraissait confus, pourtant personne ne lui a demandé quand il allait publier les rapports de santé qu’il n’a pas révélés.

En ce qui concerne son programme, un rapport selon lequel Joe Biden se voit comme le nouveau Franklin Delano Roosevelt donne du crédit à l’idée qu’il est prêt à mettre en œuvre toutes les grandes idées folles que les Démocrates gauchistes peuvent concocter.

Le Green New Deal, l’ouverture des frontières, la suppression des mesures garantissant l’intégrité du vote, les hausses d’impôts sans fin, le statut d’État pour le District of Columbia – tout cela est en bonne voie et promis à la gloire.

Le seul obstacle est le « filibuster » du Sénat, qui nécessite 60 voix pour faire passer une loi, mais M. Biden n’a laissé aucun doute sur sa volonté de le supprimer.

« Je veux faire avancer la réalisation de mes politiques », a-t-il déclaré.

Chaque élément de l’utopie planifiée par son parti est, à sa manière, d’une radicalité sans précédent, mais elle est loin d’être assez radicale pour les médias.

Leur performance a été pathétique, non seulement à cause des questions qu’ils ont posées et de celles qu’ils n’ont pas posées, mais aussi par la manière dont ils les ont posées. Le thème dominant était que Joe Biden et son équipe n’agissent pas assez vite pour mettre l’Amérique sens dessus dessous.

« Pourquoi ne le faites-vous pas, quand le ferez-vous, pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? » À maintes reprises, le but n’était pas de poser une question, mais d’accélérer un ordre du jour.

Naturellement, c’était tout le contraire de la façon dont certaines des mêmes personnes se sont comportées pendant la présidence de Donald Trump. À cette époque, les questions étaient des expressions indignées qui visaient à arrêter l’Administration Trump. Maintenant, elles sont des plaidoyers visant à faire avancer l’Administration Biden plus rapidement.
Ainsi, les dix personnes auxquelles Biden a fait appel ont généralement suivi le scénario établi par le Washington Post et d’autres journaux. La chroniqueuse Margaret Sullivan avait averti les journalistes de ne pas essayer de « montrer à quel point ils peuvent être durs » avec Biden afin de plaire aux « alliés de Trump ». Elle a même minimisé la crise frontalière, suggérant qu’elle recevait trop d’attention.

C’est bien la crise frontalière qui a retenu l’attention jeudi, mais uniquement dans le but de renforcer l’idée que c’est de la pure compassion humaine que d’inviter les gens d’Amérique Centrale à faire le long voyage vers le nord.

La violence est omniprésente et les coyotes, les trafiquants d’êtres humains et les cartels font des affaires d’or, mais pas un mot à ce sujet de la part du président ou de ses complices dans les médias.

Il n’y a pas eu non plus d’allusion au fait qu’une application plus stricte de la loi serait peut-être un geste de compassion envers les Américains des villes frontalières et les contribuables du monde entier.

Au contraire, l’hypothèse sous-jacente semblait être que toute souffrance subie par les migrants une fois arrivés à la frontière était la preuve d’un manque de compassion et devait être corrigée aussi vite que possible.

Quant à la pandémie, elle n’est apparemment plus un problème. Les photos montrant des migrants entassés dans des cages et les informations selon lesquelles beaucoup sont relâchés malgré un test positif au coronavirus n’ont jamais été évoquées. Pas la peine de gâcher les bonnes vibrations.

Les faits concernant l’immigration illégale sont assez simples. Donald Trump a fait campagne sur cette question et, après de faux départs et malgré une opposition démocrate unifiée, il a fini par mettre en place une série de politiques et d’actions qui ont endigué la marée. Il a construit de grands pans de mur, expulsé les étrangers criminels et conclu un accord avec le Mexique selon lequel les personnes demandant l’asile devraient attendre au Mexique.

C’est également un fait que M. Biden a fait sauter chacun de ces piliers et prétend maintenant avoir hérité d’un gâchis.

Étrangement, il a également insisté sur le fait que les chiffres qui montrent une augmentation des migrants en ce moment « se produisent chaque année, sans exception. Rien n’a changé ».

Soit il est mal informé, soit il ment. Des nombres records d’arrivées sont signalés quotidiennement, et NBC a récemment déclaré que les traversées étaient les plus élevées depuis 20 ans.

Là-dessus, encore une fois, Biden n’a pas été contesté.

La preuve définitive que la presse a abdiqué son rôle a été apportée lorsque le président a refusé de dire quand il autoriserait les médias à accéder aux centres de détention à la frontière. Il a dit qu’il faudrait attendre que son équipe mette en place ses nouveaux programmes.

Si Donald Trump avait dit la même chose, le ciel lui serait tombé sur la tête et les médias auraient déclaré que la démocratie était morte. Mais quand c’est Joe Biden qui le dit, les médias boivent ses paroles comme du petit lait.

Ajoutez donc la transparence à la liste des choses qui n’ont plus d’importance.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

17/03/2021

Goldnadel : « Que reste-t-il des Césars ? Rien »

 Pour l’avocat Gilles-William Goldnadel, la cérémonie des César de vendredi, ne fut que l’illustration consternante du conformisme idéologique de notre époque, et de l’absence de courage d’une partie du milieu artistique, qui ne fait plus rêver les spectateurs.

La cérémonie consternante des César de vendredi soir me donne malheureusement le prétexte de poursuivre ces réflexions hebdomadaires que j’ai inaugurées sur la folie idéologique de la société contemporaine au sens quasi psychiatrique du terme.

Mettons aujourd’hui sur la sellette ce monde artistique censé incarner l’empire du Bien et de la générosité.

Mais avant cela, quelques mots évidemment, sur ce à quoi il nous a été donné d’assister et qui constitue l’objet de nos observations.

Un artiste qui venait d’être primé, un certain Jean Pascal Zadi, a cru devoir rendre un hommage appuyé à Adama Traoré sous les applaudissements, sans que quelqu’un eut le courage ou l’intelligence d’émettre le moindre sifflement.

Est-il nécessaire ici de rappeler que le défunt élevé au rang de martyr de la police française raciste, principalement par sa famille composée notablement de délinquants multirécidivistes, se voit contester ce statut judiciairement ? Que dans le cadre de la procédure en cours, aucun expert judiciairement nommé n’a confirmé que l’arrestation opérée lors de sa fuite n’avait été la cause unique de son décès ?

Que d’autre part, et le fait aura été amplement commenté, le défunt martyr allégué a été gravement mis en cause pour avoir obligé l’un de ses codétenus à pratiquer sur lui une fellation sous la menace d’une fourchette. La victime a obtenu une décision judiciaire d’indemnisation de son préjudice des suites de cette infraction, précisément en raison du décès de son auteur présumé.

Un mâle noir fut-il délinquant sexuel peut-être candidat au martyre, au rebours de son équivalent blanc, condamné à la géhenne irrémédiablement.

On comparera en conséquence l’hommage de cette année 2021 à cet improbable héros avec la cérémonie des César de l’année précédente qui fit scandale par ce que le film Dreyfus et son auteur Roman Polanski furent honorés en dépit du lourd passé sexuel de ce dernier.

Adèle Haenel , pour protester, fit une sortie aussi spectaculaire qu’appréciée pour flétrir une injure faite à toutes les victimes des prédateurs sexuels.

Comment ne pas en tirer la leçon idéologique aveuglante qui s’évince de ces deux démonstrations outrancières autant que contraires: un mâle noir fut-il délinquant sexuel peut-être candidat au martyre, au rebours de son équivalent blanc, condamné à la géhenne irrémédiablement.

Comme si cela ne suffisait pas, lors de cette soirée, effectivement assez infernale, pour évoquer allusivement l’affaire Polanski de l’année passée, Vincent Dedienne, de l’audiovisuel de service public évidemment, vint lourdement mobiliser « Monsieur Hitler », en le citant, et en disant qu’il fallait absolument savoir séparer l’homme de l’homme politique.

On en tirera une autre leçon idéologique : désormais sous l’empire du Bien, on peut faire fi de beaucoup: Dreyfus, Hitler, l’enfance de Polanski au ghetto de Varsovie, mais point de la couleur de la peau, du genre et de l’orientation sexuelle.

Dans ce marigot de méchante sottise et de laideur, est-il dès lors besoin d’évoquer le triste effeuillage de la comédienne Corinne Masiero qui crut devoir se dénuder entièrement en signe, paraît-il, de solidarité avec les intermittents ?

La malheureuse espérait peut-être choquer le bourgeois comme elle avait tenté de le faire l’an passé avec une audace équivalente en s’en prenant aux « blancs catholiques de droite ».

La seule question que je me pose dans le cadre d’une hypothèse intellectuelle, j’en conviens, assez hardie : Quelle aurait été la réaction médiatique si quelque artiste de sexe masculin avait décidé d’exhiber à la télévision son appendice sexuel pour protester contre la dissolution de Génération Identitaire, par exemple et au hasard ?

L’histoire a montré, pendant l’occupation sans trop d’aménité, que les artistes ne se comportaient pas de manière plus noblement courageuse que les crémiers ou les avocats.

Je pense qu’il se serait trouvé quelque fin juriste pour soulever la question loin d’être absurde d’exhibition sexuelle publique.

Mais comme disait le président du tribunal correctionnel jugeant Zola , refusant d’aborder l’affaire Dreyfus : « la question ne sera pas posée ».

La question ne sera pas posée parce que le monde artistique, et spécialement cinématographique, est le plus conformiste que l’on puisse imaginer. L’académie des César ne pouvait donc qu’avoir l’esprit académique.

Comme je l’ai écrit dans mes « Névroses Médiatiques » : On pourrait écrire un traité sur le conformisme politique cinématographique. Les explications ne manquent pas : obsession de la mode, plaisir de paraître, conformisme de l’anticonformisme d’apparat, esthétisme de la radicalité pépère.

L’histoire a montré, pendant l’occupation sans trop d’aménité, que les artistes ne se comportaient pas de manière plus noblement courageuse que les crémiers ou les avocats.

Aujourd’hui plus qu’hier, le paramètre du temps est le maître à penser. Il suffit d’observer la mode d’une époque pour savoir très exactement ce que regardera uniment le public.

En France, le cinéma d’avant-guerre était exotique, colonialiste et assez antisémite. Pendant l’occupation, la plupart des artistes ont continué à tourner, sans trop d’égard pour leurs camarades empêchés pour raisons raciales, quand ils n’ont pas collaboré ouvertement jusqu’à ce que le vent tourne.

Après la Libération, après une épuration sélective, l’idéologie communiste est la matrice obligatoire du discours sur pellicule durant la période stalinienne.

Mais c’est indiscutablement Hollywood qui fut la capitale du politiquement correct. Monstrueusement paternaliste à l’égard des noirs jusqu’aux années 60, Hollywood, quoique largement représenté par les Juifs, s’est montré d’une pusillanimité particulière pendant la seconde guerre en raison d’un antisémitisme, alimenté par les nazis, qui tenait le Juif comme fauteur de guerre.

L’acteur ou le réalisateur français n’impressionne plus grandement un particulier qui a fini tout de même par comprendre le scénario immuable.

Jusqu’à ne pas me prononcer le vocable « Juif », y compris dans le cadre des films de propagande anti-hitlérienne. Les Nababs ont donc courageusement tu la Shoah ( Arthur Sulzberger Jr, patron du New York Times faisait de même) puis après la victoire se sont fait un devoir de toujours trouver un petit Cohen de Brooklyn se faire trouer la peau dans le Pacifique.

De même, dans le domaine des mœurs, et alors que sa conduite individuelle défraye régulièrement la chronique, l’artiste, fleur à la boutonnière, n’est jamais avare, aux Oscars comme aux César, d’une leçon de maintien.

Et voilà pourquoi évidemment, nous en sommes aujourd’hui à l’antiracisme racialiste, à la culture de l’annulation devenue folle .

C’est dans ce cadre immuable où ni le courage ni l’intelligence ne se bousculent, qu’à force de descendre les degrés de l’estime publique, l’acteur ou le réalisateur français n’impressionne plus grandement un particulier qui a fini tout de même par comprendre le scénario immuable. L’artiste a descendu définitivement l’escalier.

S’il lui arrive d’être plus beau qu’un terrien ordinaire, il n’est à présent à ses yeux, ni meilleur à l’intérieur, ni plus intelligent, ni plus généreux.

Le jet-setter musical ou l’acteur aérien, aux multiples pied-à-terre avec vue sur mer, qui recommande aux gens d’accueillir davantage de migrants sans-logis dans leurs deux pièces cuisine, exaspère aujourd’hui plus qu’hier, avec sa générosité qui ne lui coûte pas cher.

Raison pour laquelle de nombreux artistes, qui ont les pieds sur terre et le sens de la distance, commencent à se faire économes de cette générosité ostentatoire … trop virtuelle.

Et voilà pourquoi nous rendrons aux César ce qui leur reste : Rien.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel pour Dreuz.info.

16/03/2021

La stratégie des Démocrates consiste à profiter de la sénilité de Biden le plus longtemps possible

 Joe Biden a été nommé candidat grâce à sa prétendue modération qui était susceptible de plaire à une majorité d’électeurs démocrates. La stratégie qui consistait à faire campagne de son sous-sol au Delaware, à cause de la pandémie, a servi à renforcer ses chances de victoire et les fraudes électorales dans certains États ont fait le reste. Même si les Démocrates sont parfaitement capables d’adopter une stratégie à long terme, ils n’avaient probablement pas prévu les avantages que leur procurerait le fait d’avoir un président souffrant de sénilité. Tant qu’il restera en fonction, les Américains ne sauront pas ce qui se passe vraiment à la Maison Blanche et les gauchistes auront les mains libres.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit l’article de Drew Allen, paru sur le site de Townhall, le 15 mars.

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La déchéance mentale de Biden n’est pas un problème pour les Démocrates, elle fait partie de leur stratégie

Ce n’est pas un secret que Joe Biden n’est pas aux commandes de l’exécutif.

Ce n’est pas non plus une surprise. La seule différence observable entre Joe, espoir présidentiel de 2020, et Joe, président de 2021, est son changement d’adresse. Il est passé d’un sous-sol quelque part dans le Delaware à un sous-sol au 1600 Pennsylvania Avenue. En fait, aujourd’hui, la question anodine d’un journaliste minable sur le type de crème glacée que mange Joe serait reçue avec une ovation enthousiaste.

Ce qui est surprenant, cependant, c’est l’efficacité et l’avantage de sa non-présidence pour le Parti Démocrate. Son incapacité mentale n’a pas entravé le sinistre programme marxiste de la gauche visant à changer la république constitutionnelle des États-Unis en un État totalitaire, mais a contribué à le faciliter.

Tandis que l’incapacité mentale de Joe demeure pour les Démocrates et leurs propagandistes dans les médias la question majeure évidente dont ils évitent de discuter, refusant de se rendre à l’évidence, nous n’avons pas besoin d’eux pour confirmer ce que nous pouvons voir de nos propres yeux et entendre de nos propres oreilles.

Qu’il s’agisse de Joe admettant devant la caméra qu’il n’a aucune idée de ce qu’il signe lorsqu’il signe un décret; de Joe oubliant le nom du Secrétaire à la défense (NdT: qu’il vient de nommer à ce poste); de Joe ne donnant aucune conférence de presse – du jamais vu -, ou même de sa promesse non tenue de prononcer un discours devant une session conjointe du Congrès en février; tout cela prouve de manière évidente une chose : Joe Biden est inapte à la fonction qu’il occupe nominalement.

Mais tant que Joe restera le «président», même s’il est entendu que cela demeure un rôle purement figuratif, les Démocrates continueront de remporter un succès fou dans leurs efforts diaboliques et inconstitutionnels pour détruire l’Amérique.

Il y a une raison pour laquelle le déficient cognitif Biden a déjà montré qu’il est un marxiste radical bien plus efficace que Barack Obama : on n’attend rien de lui.

Barack Obama a également détenu une majorité démocrate au sein de la législature pendant ses deux premières années de mandat. Mais l’acuité mentale de Barack Obama était un handicap pour le programme impopulaire et radical de la gauche. Lorsque Barack Obama signait une flopée de décrets et défendait des lois douteuses et anticonstitutionnelles, on s’attendait toujours à ce qu’il rende des comptes au peuple américain. Il était radical, mais le peuple américain était au moins partiellement informé de ce qu’il faisait, car M. Obama devait expliquer et défendre son programme et répondre aux questions de la presse.

Même ceux d’entre nous qui sont les plus virulents et les plus critiques à l’égard du déclin mental évident de Joe doivent aussi admettre que la chose même qu’ils exigent – avoir un président – est impossible à obtenir avec M. Biden. Nous vivons un scénario de cauchemar. C’est comme si vous tentiez d’annuler un service d’abonnement ou de trouver des réponses à un problème technique et que vous étiez mis en attente, transféré sans cesse d’une personne inintelligible à une autre, sans jamais obtenir de réponse ou de solution.

En l’absence d’un président, nous apportons nos questions et nos préoccupations à Jen Psaki, qui aurait bien besoin d’utiliser l’excuse de la démence. Son problème, cependant, n’est pas le déclin mental, mais son incapacité à communiquer, un manque de préparation dû en partie à l’absence de patron dans le bureau ovale, et son intelligence limitée.

Comme le pire concierge d’hôtel ou le pire spécialiste en informatique, sa réponse à tout est « Je vous reviendrait là-dessus », ce qui signifie en fait : « Je n’ai aucune idée, je suis aussi peu qualifiée et inapte que mon patron, Joe Biden ».

C’est aussi une preuve accablante qu’il y a un vide à la Maison Blanche.

Résultat ? Le peuple américain et notre pays sont plongés dans l’obscurité. Nous n’avons pratiquement aucune idée de ce qui se passe. Bien que nous puissions spéculer sur qui dirige réellement le pays en coulisse – Barack Obama ? Susan Rice ? – nous n’avons pas accès à l’individu « responsable » de la démolition de notre économie, de notre sécurité et de notre liberté. En l’absence de réel leader, les États-Unis sont dirigés par un gouvernement fantôme. Nous ne pouvons même pas compter sur la possibilité, même limitée, de faire pression et de demander des comptes au chef titulaire de l’exécutif.

La nomination de Joe Biden comme candidat était due à l’attrait superficiel qu’il détenait sur les électeurs démocrates modérés et à la stratégie de sous-sol utilisée pour renforcer ses chances de victoire.

Même si je reconnais, à contrecœur, l’aptitude avérée des Démocrates à adopter une stratégie à long terme, je ne crois pas qu’ils aient réellement prévu de profiter des avantages, alors inconnus, que présenterait un président souffrant de troubles mentaux.

Nous ne pouvons pas à la fois admettre que Joe Biden est mentalement inapte à la présidence et espérer qu’il s’acquitte de ses fonctions.
C’est le dilemme étrange auquel nous sommes maintenant confrontés.
Tant qu’il restera en fonction, les Américains qui regardent religieusement CNN et sont abonnés à la propagande du Washington Post ne seront jamais exposés à quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à la réalité.

Tandis que Joe continue d’être caché de la vue du public et protégé par ses manipulateurs pour éviter d’être interrogé, et que Jen Psaki continue de mener à bien sa stratégie de revenir éventuellement sur les questions posées, ceux d’entre nous qui exigent des réponses et souhaitent vivre dans la réalité seront contraints de vivre dans cette zone crépusculaire, ce purgatoire.

Joe Biden fait partie de la stratégie du Parti Démocrate à ce stade, il n’est pas un obstacle ou une cause de frustration.

Comme le déclare le torchon connu sous le nom de Washington Post : « La démocratie meurt dans l’obscurité ».

Nous vivons dans l’obscurité. J’ai le regret de dire que nous serions mieux lotis avec Kamala Harris. Au moins, si elle était présidente, il n’y aurait aucune excuse pour conserver ce régime anti-américain et totalitaire. Mais si les Démocrates sont intelligents, ils maintiendront Joe en place aussi longtemps qu’ils le pourront.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

15/03/2021

La Vice-présidente, Kamala Harris, toujours aussi déconnectée de la réalité

Avec le projet de loi d’aide contre le Coronavirus, les Démocrates ont décidé de récompenser les États bleus (démocrates) qui ont imposé les confinements les plus sévères pour contrer la pandémie ( les États de New York, de la Californie, du Michigan, etc.), se causant ainsi d’importantes pertes de recettes fiscales. Le projet de loi concernant le coronavirus prévoit un renflouement de 350 milliards de dollars pour ces États. Les citoyens des États rouges (républicains) qui sont restés au travail vont renflouer les États bleus qui ont pris une année sabbatique. Compte tenu des difficultés que la plupart des Américains ont connues l’an dernier, Kamala Harris ne devrait pas ricaner derrière un podium, en se vantant d’apporter de l’aide à ceux qui subissent encore les effets du confinement.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit l’article de Bonchie, paru sur le site de Red State, le 12 mars.

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Lors d’une conférence de presse concernant l’adoption du projet de loi d’aide contre la pandémie, Kamala Harris démontre son absence de contact avec le monde extérieur

J’ai appris de source sûre que Kamala Harris est vice-présidente des États-Unis, mais son absence notable de la scène publique peut laisser songeur. Elle est sortie de sa cachette aujourd’hui (le 12 mars) pour annoncer l’adoption du récent « projet de loi d’aide » concernant le coronavirus, et elle a rappelé à tout le monde pourquoi on ne la voit pas beaucoup ces jours-ci.

Elle a donné une performance grinçante, proclamant que «l’aide» est en route, comme si elle était sur le point de courir dans un bâtiment en feu pour sauver une portée de chats.

Mme Harris a toujours l’air de ne pas savoir quoi faire de son visage, qu’il s’agisse d’une interview ou de remarques publiques comme celle-ci.

Lors de cette annonce devant les médias était-elle censée sourire et rire, ou être plus stoïque, étant donné la gravité de la pandémie ? Elle n’en avait aucune idée, et cela se ressentait dans ses commentaires, alors qu’elle semblait sur le point de ricaner bêtement tout en lisant des phrases toutes faites sur les personnes que ce projet de loi est censé aider.

Mais ce sont ces formules toutes faites qui montrent vraiment à quel point Mme Harris, et l’Administration Biden dans son ensemble, sont déconnectées de la réalité. Un chèque de 1400 $ ne va pas aider les gens qui ne peuvent pas nourrir leur famille.

Il ne va certainement pas apporter beaucoup de réconfort à quelqu’un qui a perdu son emploi parce que Mme Harris et ses semblables ont imposé des mesures de confinement ridicules et inefficaces.

C’est un moment à la Marie-Antoinette (« Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche! ») s’il y en a jamais eu un.

Ces politiciens ont détruit la vie de millions de personnes, alors que la science ne cessait de dire que cela ne devait pas arriver. Maintenant, ils veulent être loués et félicités pour vous avoir donné des miettes, pendant qu’ils dépensent encore plus de votre argent pour financer les États bleus (démocrates) et les syndicats. Il n’y a pas de héros. Mme Harris, l’Administration Biden, et une longue liste de gouverneurs et de maires d’États bleus sont les méchants dans cette histoire.

Mme Harris n’est tout simplement pas bonne dans ce domaine.

Nous sommes tous au courant des rumeurs sur la façon dont elle a débuté en politique, mais depuis lors, elle a survécu en jouant la carte identitaire, notamment pour obtenir le poste de vice-présidente. S’il existe une vidéo qui résume la raison pour laquelle elle n’est même pas allée dans l’Iowa pendant sa campagne présidentielle, c’est bien celle de cette conférence de presse. Ce n’est pas vraiment ce qu’elle dit, mais plutôt le manque d’authenticité de ses propos.

Compte tenu des difficultés que la plupart des Américains ont connues l’an dernier, personne ne devrait ricaner derrière un podium, se vantant d’apporter de l’aide en dépensant l’argent des autres via ce projet de loi d’assiette au beurre, le plus corrompu de l’histoire de ce pays. C’est un message incroyablement déconnecté, et un politicien décent reconnaîtrait que ça ne passe pas.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

14/03/2021

Un malentendu irakien nommé Abraham

 Le voyage du pape François en Iraq a été présenté par les médias comme un puissant symbole d’espoir pour les chrétiens d’Orient trop souvent délaissés. Il est vrai que cette expédition au cœur d’une région récemment ravagée par l’islamisme n’était pas sans risque et avait le mérite d’une mise en lumière de la situation tragique de ces chrétiens.

Les discours du pape lors de ses passages dans les villes d’Iraq se donnaient pour but d’encourager les chrétiens à rester dignes dans leurs détresses mais également à progresser dans la fraternité avec les musulmans. « Fratelli tutti » restant la ligne directrice du souverain pontife.

Mais si peu de temps après les exactions sanguinaires du groupe islamique Daesh, le challenge semble humainement exorbitant, c’est sans doute pourquoi le pape a publiquement rencontré le grand imam chiite Al Sistani, religieux d’origine iranienne. Et c’est dans la ville de Ur, marquée par la figure tutélaire d’Abraham, que le pape a évoqué une étonnante dimension œcuménique de ce personnage biblique majeur, également présent dans le coran sous le nom d’Ibrahim. Le pape a souligné le rôle fédérateur, selon lui, d’« Abraham père des croyants », supposé vecteur d’une fraternité de tous les monothéistes, comme se plaisent à le répéter les agences de presse.

Ce discours plein de bonnes intentions peut-il transformer une coexistence séculairement conflictuelle en une convivance harmonieuse autour de ce que serait une foi abrahamique commune, si tant est qu’elle existe? La Mésopotamie a été dans le passé une terre juive et chrétienne florissante, mais l’arrivée de l’islam l’a progressivement vidée de sa substance civilisationnelle et les populations locales ont été exterminées, déportées et réduites en esclavage. A ce jour, les  chrétiens d’Iraq, survivants d’une des plus anciennes communautés chrétiennes, vivent encore repliés dans l’insécurité, et les menaces persistent au quotidien, car l’Etat irakien ne prend pas les moyens d’assurer leur légitimité et leur protection.

Comment perdre de vue que le drapeau national comporte la mention « Allahou akbar » Allah est LE plus grand, et que la constitution du pays mentionne clairement que les citoyens reconnus sont les chiites, les sunnites et les kurdes. L’absence des chrétiens dans ce programme islamique suppose leur future expatriation puisque visiblement la minuscule minorité qui subsiste aujourd’hui n’est pas la bienvenue.

Or les discours du pape et l’entretien avec le grand imam laissent supposer que la question peut être résolue sous les auspices d’Abraham-Ibrahim. Mais ce personnage doté de tant de charismes est-il réellement un père commun pour les croyants du judaïsme, du christianisme et de l’islam ?

Il serait intellectuellement malhonnête de le prétendre, car l’Abraham de la bible ne correspond pas à l’Ibrahim du coran.

Dans la bible, Abraham ami de Dieu et père de son peuple, représente le début de l’alliance. Cette alliance est liée à la promesse d’une terre attribuée à la descendance d’Isaac mais aussi bénédiction pour toutes les nations. La notion d’histoire en mouvement est déjà présente. Abraham eut foi en Dieu et fut même prêt à lui sacrifier son fils Isaac.

Dans le coran, Ibrahim ne correspond pas du tout à cette vision spirituelle. On est dans le registre de la nature plus que dans celui de l’histoire. C’est un homme qui en contemplant les astres découvre qu’on ne peut en faire des dieux, car c’est Allah qui les a créés. Il se différencie par-là de tous les polythéistes, Ibrahim est donc la figure emblématique du monothéiste (hanif). « Entièrement soumis (=musulman) à Allah ». Le coran montre Ibrahim allant avec son fils Ismaël construire la kaaba à La Mecque, séquence absente de la bible. Le récit du sacrifice du fils d’Ibrahim au Mont Moriah ne précise pas s’il s’agit d’Isaac ou d’Ismaël, mais les commentateurs ont majoritairement choisi Ismaël – sauf quelques-uns comme Tabari – présenté comme ancêtre des Arabes (alors que sa mère Agar était égyptienne).

Ce qui veut dire que les musulmans, lorsqu’ils se réclament d’Ibrahim ne rejoignent pas la foi en Abraham qu’ont les juifs et les chrétiens, membres de l’alliance, terme inconnu du coran. Du fait que les musulmans rejettent la bible comme étant falsifiée, ils ne se retrouvent pas dans l’Abraham biblique. Certains esprits du siècle passé comme Massignon ont voulu à tout prix magnifier l’abrahamisme du coran, considérant le Livre de Mahomet comme une simple variante de la bible. Ces confusions théologiques ne mènent évidemment nulle part et les raccourcis démagogiques augurent de cuisantes désillusions.

Lors d’un des discours du pape François invitant à l’unité autour d’Abraham, un muezzin a chanté un verset de la sourate Ibrahim dont une phrase dit « ne pense pas qu’Allah reste inattentif à ce que font les injustes », terme habituellement rendu par les « associateurs », qui vise spécifiquement les chrétiens. Refusant la mission du Christ, le coran condamne sévèrement ceux qui associent un être humain au Dieu transcendant, (péché du shirk) et encourage les vrais croyants à les convertir ou à les éliminer.

L’incident est passé quasiment inaperçu, mais il est la répétition de ce qui s’était déroulé quelques années plus tôt lors d’une rencontre interreligieuse dans le jardin du Vatican où un imam avait chanté comme message subliminal une sourate belliqueuse non prévue au programme.

Concernant l’Iraq actuel et ses communautés chrétiennes coexistant avec des majorités musulmanes, il est clair que tout ce qui peut améliorer leur sort est le bienvenu. Toutefois le signal, il est vrai tardif, donné à l’égard des chrétiens par le pape François pourra-t-il changer la donne et faciliter la survie de familles éprouvées et fragilisées ? La référence à un Abraham double-face idéalisé suffit-elle pour panser les blessures et inaugurer de nouvelles relations ? Voilà qui semble bien ambigu, vu la puissance de la mémoire collective de l’islam et les injonctions incontournables du coran. Seule la solidarité attentionnée des chrétiens d’Occident et leur prière fervente pourront garantir la mise en place de solutions pérennes sur le terrain, sachant que l’Abraham de la bible était un homme qui « espérait contre toute espérance ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.