11/03/2021

Mort de George Floyd : le procès sous haute tension du policier Derek Chauvin

 

La sélection du jury a commencé dans le procès pour la mort de George Floyd, dans un climat de tensions et de menaces de violence que font planer les émeutiers de Black Lives Matter s’ils n’obtiennent pas la condamnation qu’ils exigent.

Presque tous les jurés potentiels appelés dans l’affaire George Floyd ont témoigné qu’ils étaient terrifiés à l’idée d’être doxxés et que leur famille soit menacée s’ils faisaient partie du jury.

Les procureurs de Minneapolis ont d’emblée rejeté un juré qui a dit soutenir All Lives Matter (« toutes les vies comptent », par opposition à Black Lives Matter (BLM), que certains comprennent dans le sens où « seules les vies noires comptent »).

La difficulté de choisir un jury non biaisé

Les avocats du procès de l’ancien policier de Minneapolis accusé de la mort de George Floyd ont interrogé mercredi les jurés potentiels sur leur attitude envers la police, en essayant de déterminer s’ils sont plus enclins à croire le témoignage des forces de l’ordre que celui d’autres témoins de la confrontation.

Il s’agit d’un processus laborieux au cours duquel les avocats demandent aux jurés potentiels, un par un, s’ils peuvent garder l’esprit ouvert, ce qu’ils pensent du système de justice pénale et des questions de justice raciale, comment ils résolvent les conflits, etc.

  • Le premier juré choisi mercredi, un homme qui travaille dans la gestion des ventes et a grandi dans une région majoritairement blanche du centre du Minnesota, a dit dans son questionnaire écrit qu’il avait une opinion « très favorable » du mouvement Black Lives Matter et une impression « plutôt défavorable » du contre-mouvement Blue Lives Matter en faveur de la police, mais qu’il était « plutôt d’accord » pour dire que la police n’a pas le respect qu’elle mérite. Il a dit qu’il était d’accord pour dire qu’il y a de mauvais officiers de police.
  • Le second, un homme qui travaille dans le domaine de la sécurité informatique, a répondu « tout à fait d’accord » à la question de savoir s’il pense que la police de sa communauté lui donne un sentiment de sécurité.
  • Un juré potentiel retiré du panel est une femme dont le neveu est shérif adjoint dans l’ouest du Minnesota. Elle a dit qu’elle était consternée par la violence qui a suivi la mort de Floyd.
  • Une femme de couleur, un homme noir et trois hommes blancs ont également été sélectionnés.

    La femme et deux des hommes blancs ont des parents ou des amis qui sont des officiers de police actuels ou anciens.

    L’un des hommes est également ami avec un médecin légiste du Bureau d’appréhension criminelle du Minnesota (BCA), qui a enquêté sur la mort de Floyd.
  • En revanche, le 5e juré sélectionné est un immigrant qui dit soutenir BLM parce que les vies noires sont « marginalisées », et le juré n°20 a dit qu’il soutient BLM et a une opinion négative de Blue Lives Matter (Blue en référence aux policiers, pour souligner qu’ils sont la première ligne de front de protection des gens honnêtes contre les criminels, et ils payent de leur vie la protection de la société)
  • Le juré potentiel n°28 a admis avoir été influencé par la théorie de la conspiration selon laquelle Chauvin a ciblé George Floyd en raison d’une relation antérieure, ce qui l’a conduit à utiliser des « tactiques agressives ».
  • Le juré potentiel n°30 a soutenu les efforts de Defund the Police (définancer la police) et a fait un don pour cela. Il pense que Blue Lives Matter est une cause raciste.
  • Les procureurs ont rejeté une avocate civile qui a dit avoir une opinion « neutre » de Chauvin et Floyd, mais a vu d’un mauvais œil les manifestations de l’année dernière où des incendies criminels et des pillages ont eu lieu dans la ville.

« Je crois qu’il y a eu une prise de conscience positive à la suite de ces manifestations, mais oui, dans l’ensemble, je dirais que cela a été négatif pour notre communauté spécifique », a-t-elle déclaré. « Spécifiquement Minneapolis et Uptown, je dirais que c’est négatif ».

  • Les procureurs ont également refusé une femme blanche de Minneapolis qui a critiqué les manifestations pour Floyd, mais a parlé en bien des manifestants qui ont manifesté devant la résidence du gouverneur pour demander l’assouplissement des mesures de protection de COVID-19.

« Je ne vois pas ce que cela a apporté, si ce n’est, je suppose, d’attirer l’attention sur les frustrations des personnes concernées », a-t-elle déclaré à propos des manifestations pour Floyd. Elle a ensuite attribué aux manifestants de COVID-19 le mérite d’avoir accéléré les réouvertures partielles de l’État.

Meurtre au second ou au troisième degré ?

Derek Chauvin est déjà accusé de meurtre non intentionnel au second degré et d’homicide involontaire. Il a plaidé non coupable. L’accusation veut ajouter le meurtre au troisième degré, voici pourquoi :

Les degrés indiquent la gravité d’un crime. Plus le crime est grave, plus les critères que les procureurs doivent prouver au-delà de tout doute raisonnable pour obtenir une condamnation sont élevés.

  1. Le meurtre au premier degré est le plus grave et entraîne une peine de prison à vie. Pour obtenir une condamnation, les procureurs doivent prouver, entre autres, que l’acte a été planifié à l’avance ou que d’autres crimes majeurs ont été commis avec lui.
  2. Le meurtre au second degré au Minnesota peut être « intentionnel » ou « non intentionnel », ce qui est l’accusation à laquelle Chauvin fait face, et est passible d’une peine allant jusqu’à 40 ans de prison.

    L’accusation de meurtre au deuxième degré exige que les procureurs prouvent que Chauvin a causé la mort de Floyd en commettant ou en essayant de commettre un crime.
  3. Le meurtre au troisième degré, moins grave, nécessite un niveau de preuve moins élevé que le meurtre au deuxième degré. Pour obtenir une condamnation, les procureurs doivent seulement démontrer que la mort de Floyd a été causée par un acte manifestement dangereux, mais pas nécessairement un crime. Cela entraînerait une peine maximale de 25 ans.

Mais il y a des limites.

  • Chauvin n’a pas d’antécédents criminels, ce qui signifie qu’il finira probablement par purger environ 12,5 ans de prison, qu’il soit reconnu coupable de meurtre au deuxième ou au troisième degré.
  • L’homicide involontaire, l’accusation la moins grave, mais aussi celle pour laquelle la charge de la preuve est la moins lourde, signifie un maximum de prison de 10 ans.
  • L’accusation d’homicide involontaire exige la preuve que Chauvin a causé la mort de Floyd par une négligence, qui a créé un risque déraisonnable, et a consciemment pris le risque de causer des blessures graves ou la mort.

Le juge de district du comté d’Hennepin, Peter Cahill, a déclaré en début de semaine qu’il souhaitait attendre la décision de la Cour d’appel de l’État sur le désir de l’accusation de réintroduire leur accusation de meurtre au troisième degré en plus des chefs d’accusation de meurtre au deuxième degré et d’homicide involontaire dans la mort de Floyd.

Les avocats de Chauvin ont tenté de bloquer la décision de la Cour d’appel

En réponse, la Cour suprême du Minnesota a refusé d’entendre la demande de Chauvin visant à bloquer le rétablissement d’une accusation de meurtre au troisième degré.

La nouvelle décision de la haute juridiction de l’État laisse ouverte la possibilité que Cahill puisse ajouter cette accusation.

Pour ceux qui cherchent à obtenir justice pour la mort de Floyd, tout ce qui n’est pas jugé comme meurtre sera ressenti comme une injustice.

Ce qui fera la différence : la cause officielle de la mort établie par les médecins légistes

Le manque d’oxygène s’est-il produit parce que Floyd a eu un incident cardiaque, ou sa mort a-t-elle été provoquée par « une combinaison de substances » ?

Pour que Chauvin soit reconnu coupable de l’accusation la plus grave — meurtre involontaire au second degré — les procureurs doivent d’abord prouver au-delà de tout doute raisonnable qu’il a causé la mort de Floyd.

Les résultats de l’autopsie vont compliquer leur tâche.

  • Le rapport d’autopsie du médecin légiste du comté a conclu que Floyd, âgé de 46 ans, est mort d’une combinaison de causes, notamment « un arrêt cardio-pulmonaire qui a compliqué la maîtrise, la contrainte et la compression du cou par les forces de l’ordre » et que son organisme présentait une « intoxication au fentanyl ; et l’utilisation récente de méthamphétamine ».
  • Bien que le rapport qualifie la mort d' »homicide », il n’est pas certain que cela ait beaucoup de poids au tribunal. Car le rapport indique que cela « n’est pas une détermination légale, mais médicale et ne préjuge pas de la culpabilité ou de l’intention ».
  • Par ailleurs, une autopsie commandée par la famille de Floyd, mais qui n’a pas examiné le corps, a conclu que la mort a été « causée par une asphyxie due à une compression du cou et du dos qui a conduit à un manque de flux sanguin vers le cerveau. »

    L’avocat de la famille Floyd, Ben Crump, a également critiqué l’autopsie du médecin légiste pour avoir inclus les résultats toxicologiques, en déclarant : « La cause de la mort est qu’il avait besoin d’air. C’était un manque d’oxygène. Et donc tout le reste n’est qu’un faux-fuyant pour essayer de nous déstabiliser. »

Il faut donc s’attendre à une « bataille d’experts » lors du procès sur la cause exacte de la mort de Floyd. D’autant que pour les avocats de la défense, le doute n’existe pas :

« Associée à une drépanocytose et à des problèmes cardiaques préexistants, la consommation de fentanyl et de méthamphétamine par M. Floyd l’a très probablement tué. Ajouter le fentanyl et la méthamphétamine aux problèmes de santé existants de M. Floyd revenait à allumer la mèche d’une bombe, » indique le dossier de la défense de Derek Chauvin.

Le public doute du meurtre de George Floyd

Selon un récent sondage USA TODAY/Ipsos (1), seuls 36 % des Américains considèrent encore que la mort de George Floyd est un meurtre.

  • En juin dernier, 60 % des personnes interrogées par USA TODAY/Ipsos qualifiaient la mort de Floyd de meurtre ;
  • Le pourcentage s’est maintenant presque réduit de moitié pour atteindre 36 %.
  • Les gens sont moins sûrs de la manière de caractériser l’incident, filmé en vidéo, où Derek Chauvin maintient son genou sur le cou de Floyd et ignore ses protestations selon lesquelles il ne pouvait pas respirer.
  • L’année dernière, 4 % disaient ne pas savoir si la scène est un meurtre ou pas ; ce chiffre a grimpé à 17 %.

« C’était un meurtre. C’était délibéré »

« Pendant huit minutes, le policier aurait pu prendre une décision différente, et il a délibérément retenu un homme », a déclaré Valda Pugh, une retraitée de Louisville âgée de 67 ans et de race noire.

« C’était un meurtre. C’était délibéré – peut-être pas prémédité. Néanmoins, le jeune homme est mort ».

« Le policier a fait son travail »

A l’inverse, Kevin Hayworth, 66 ans, de Garner, Iowa, qui est blanc, n’est pas d’accord.

« Je pense que c’était un policier qui faisait son travail », a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique en rapport avec le sondage USA TODAY.

« C’est une tragédie, mais je pense qu’il [le policier] était dans les limites de ses fonctions ».

La confiance dans BLM a fondu

Selon le sondage USA TODAY/Ipsos, la confiance des Américains dans le mouvement Black Lives Matter a beaucoup chuté, et leur foi dans les forces de l’ordre locales a augmenté, depuis les manifestations réclamant la « justice sociale » ont ravagé la nation l’année dernière.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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