24/08/2019

Sauvez l’intelligence collective, sauvez la démocratie directe, votez UDC !

«Les décisions de tout un peuple resteront plus intelligentes que celles des élites seules»

Fin 1999, le champion du monde d'échecs Garry Kasparov s'est mesuré en ligne à l'intelligence collective d'une foule de 50'000 joueurs. Au terme d'une partie qui a duré quatre mois, et que les experts ont qualifié d'équilibrée, le champion du monde a gagné.

Rien d'étonnant à ce résultat, aucun des joueurs qui composaient la foule n'étant individuellement capable de battre le meilleur joueur du monde, la foule ne pouvait retenir parmi les stratégies proposées par ses membres que des coups au final inférieurs à ceux dont était capable le meilleur des meilleurs. Ce qui est stupéfiant en revanche, c'est que la partie fut équilibrée. La foule, composée de joueurs amateurs provenant de 75 pays inscrits sans prérequis de compétence ou d'expérience, devait désigner chaque jour par un vote majoritaire quel coup parmi ceux proposés par ses membres il convenait d'opposer à celui du grand maître. Or, de l'ouverture à la fin de la partie, la foule s'est toujours montrée capable de retenir la meilleure riposte possible face à Kasparov qui avait commencé avec les blancs. Au dixième coup, la foule a même voté à 53% pour un déplacement non conventionnel, jamais vu auparavant en compétition. Au 62ème coup, Kasparov mit la foule échec et mat en convertissant un pion en dame. Il déclara: «C'est la plus grande partie de l'histoire par le nombre des idées et la complexité» et publia un livre de 200 pages, la plus longue analyse consacrée à une unique partie d'échecs: Kasparov contre le monde, l'histoire du plus grand défi en ligne.

Une foule d'individus lambda qui ne se connaissent pas est donc capable de former des jugements pertinents, de résoudre des problèmes complexes et de rivaliser avec le meilleur des meilleurs en se mettant d'accord par un vote sur la meilleure option à retenir parmi celles que ses membres sont capables d'énoncer. L’intelligence collective décrite par Aristote en politique («La majorité, dont chaque membre pris à part n'est pas un homme remarquable, est cependant au-dessus des hommes supérieurs») ou de Condorcet (étude mathématique de la démocratie) existerait-elle donc bel et bien?

La réponse est oui, à condition que la foule que l'on interroge soit composée de personnes différentes, possédant leurs propres sources d'information, concevant leurs propres idées et confrontant des expériences diverses. Et non un groupe cohésif, toujours à la recherche d'un consensus plus que d'une bonne décision. Car dans ce second cas, c'est Brassens qui aurait raison («Quand on est plus de quatre on est une bande de cons»). Demandez à 50 experts choisis par l'Administration de choisir la meilleure réponse politique à un problème donné, vous obtiendrez 50 avis à coup sûr très semblables. Ajoutez-en 50 de plus, ils ne vaudront toujours guère mieux qu'un seul. Demandez à des groupes d'activistes de proposer une loi sur un problème qui les réunit, leurs avis seront tous biaisés dans une même direction. Pas de diversité, donc pas d'intelligence collective. On voit ce phénomène à l'œuvre chaque jour au Parlement, toujours prompt à se rallier (au nom de la démocratie) à un avis d'expert présenté comme majoritaire, ou à s'aligner (toujours au nom de la démocratie) sur les slogans du premier groupe de pression venu, pour peu qu'il soit relayé par les médias. Sans parler des sondages, véritable antidote à l'intelligence collective, qui érodent la diversité en incitant au consensus.

Le fédéralisme et la démocratie directe sont l'intelligence collective en action. Tant qu'il sera possible d'impliquer toutes les opinions possibles dans le processus, les passions extrêmes se neutralisant les unes les autres pour laisser émerger une volonté véritablement collective, les décisions de tout un peuple resteront plus avisées face aux défis qui se présentent, donc plus intelligentes que celles des élites seules. Pour autant bien sûr que, comme les adversaires de Kasparov, le peuple suisse reste composé de personnes différentes, possédant des sources d'information diverses, confrontant des idées qui leur appartiennent en propre.

(Yves Nideggerin Newsletter UDC N° 284 du 22 août 2019)

Yves Nidegger, conseiller national

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