26/12/2018

L’Afrique est très mal gouvernée

« C’est la faute de l’Occident », lancent souvent les défenseurs de l’aide au développement, sans craindre les généralisations hâtives qu’ils dénoncent pourtant dès que l’on évoque l’Afrique. Le cahier de doléances commence avec le commerce d’esclaves, se poursuit avec le colonialisme et se termine avec les obstacles aux échanges érigés prétendument par l’Occident afin de maintenir l’Afrique en situation de dépendance et d’empêcher son développement. Depuis des années, l’argument est répété comme un moulin à prières malgré la suppression progressive de la plupart des subventions européennes aux exportations agricoles en Afrique. Et comme les États africains font partie des pays les moins développés, presque tous peuvent exporter l’essentiel de leurs biens vers l’UE sans taxes ni contingents. Rien ne laisse donc supposer que l’élimination des dernières barrières aux échanges provoquerait à elle seule les progrès espérés. Les dernières libéralisations ne permettent nullement un pareil optimisme.

Les États africains se tirent eux-mêmes une balle dans le pied lorsqu’ils émettent d’absurdes réglementations douanières. Qu’il suffise de citer l’imposition des aides par exemple, ou le parcours d’obstacles administratifs absolument choquant auquel sont condamnées les organisations sur place. De nombreuses organisations non gouvernementales doivent en effet verser des indemnités aux fonctionnaires africains, pourtant des salariés de l’État, afin d’offrir leurs services de coopération.

Des entreprises comme Shell ou Glencore sont réprimandées, parfois à raison, mais le regard évite discrètement de se porter sur les agissements de despotes corrompus, comme Joseph Kabila. Ceux-ci dilapident les ressources naturelles de leur pays en les vendant à vil prix aux groupes étrangers, mais on ne veut pas donner l’impression d’évoquer le cliché du « cœur des ténèbres ». Pourtant, le contexte politique actuel devrait être une raison suffisante pour finalement reconnaître que la coopération au développement dans un pays comme le Congo ne mène nulle part. Plusieurs autres pays se trouvent dans une situation comparable.

L’analyse est assez limpide : dans plus de la moitié des pays, on est confronté soit à la guerre et à l’instabilité provoquées par des rebelles ou des terroristes, ou bien à l’extrême pauvreté, ou encore à des chefs d’État incompétents et apathiques, ou corrompus et cupides, incapables de diversifier l’économie ou d’apporter une base industrielle minimale. La réunion simultanée de ces trois types de problèmes dans le même pays n’est malheureusement pas rare. Les freins à l’investissement sont souvent de nature politique et en aucune façon la conséquence de préjugés et de la prétendue mauvaise image de l’Afrique. Beaucoup d’investisseurs sont prêts à prendre des risques, mais seulement si ceux-ci ne sont pas démesurés. Or l’Afrique est avant tout très mal gouvernée. La forte croissance démographique n’arrange rien pour la prospérité, mais quiconque s’aventure sur ce thème avance sur un terrain miné par le politiquement correct.

(Deuxième partie du rapport L'aide au développement, un modèle périmé de David Signer, publié par l'Institut libéral)

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La prétendue mauvaise image de l’Afrique

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