28/12/2018

L’immaturité des États

Il existe de petits projets d’aide ciblée qui s’appuient sur la population locale. Le risque de mauvaise planification et d’« éléphant blanc » est ici relativement modeste. Mais la construction d’une fontaine et des projets de vannerie ne remplacent pas la présence d’institutions ou de structures. « Il n’y a pas de vraie vie dans la fausse vie », pour reprendre Theodor Adorno. Quant aux projets de réformes structurelles, par exemple issus du Programme des Nations Unies pour le Développement, qui s’intéressent plus ou moins à l’ensemble de l’économie, les risques de mauvaise utilisation des fonds et de procédures administratives inutiles sont d’autant plus élevés. Le développement ne se délègue pas.

La référence au colonialisme et au néocolonialisme, qui essaie d’entretenir la mauvaise conscience des donateurs, n’est pas d’un grand soutien non plus. Le principal problème de beaucoup de pays africains est lié à l’immaturité de leurs institutions. Certains sont toujours en phase d’édification ou ne sont que des pseudo-États, comme le Congo. On peut naturellement reprocher la modeste contribution des pays coloniaux à l’établissement de structures politiques durables et à la formation des futures élites. Sans colonialisme, cependant, la situation ne serait sans doute guère différente sur ce point ; les États seraient même peut-être encore moins développés et plus fragiles. De ce point de vue, l’Afrique se distingue totalement de l’Asie, et cela explique peut-être pourquoi un pays comme le Vietnam, qui a souffert à de multiples reprises du colonialisme et des guerres, est parvenu à se stabiliser et à se développer beaucoup plus rapidement.

On rencontre fréquemment en Afrique des chefs d’État qui accusent les Blancs d’être responsables de tous les maux du continent. C’est une façon d’échapper à leur propre responsabilité. Il est significatif de constater le sentiment ambivalent des Européens à ce sujet, y compris au sein de la population. D’une part, le Blanc est défini comme le coupable, le colonialiste, l’exploiteur, l’oppresseur, le raciste, le riche, et en même temps il est aussi le libérateur, le sauveur, le donateur, le bienfaiteur. Cette contradiction se reflète à l’égard de la migration quand des jeunes Africains imaginent l’Europe comme un eldorado, un pays de Cocagne ou un jardin d’Eden et que les mêmes se plaignent d’y voir un lieu où le racisme serait omniprésent. On retrouve dans cette dichotomie presque obsessive envers l’Europe les aspects psychologiques d’une fixation postcoloniale ambivalente. L’engagement chinois en Afrique en constitue l’issue. De nombreux politiciens ont ouvert la porte du continent un peu naïvement en supposant que les Chinois avaient un passé non colonial qui empêchait de les discréditer. Pékin n’a pas manqué de jouer cette carte anti-impériale.

(Quatrième partie du rapport L'aide au développement, un modèle périmé de David Signer, publié par l'Institut libéral)

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Vue aérienne d'une île

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