27/05/2021

Suixit : l’UE a fait payer le Brexit à la Suisse

A partir d’aujourd’hui mercredi 26 mai, les portes du marché unique européen se sont fermées à la Suisse. L’UE a durci sa position, et la Suisse n’a pas voulu céder au chantage européen : « notre marché et l’idéologie socialiste sinon rien ». La note est salée : 278 milliards de dollars.

Que se passe-t-il ? Lancez un référendum sur l’Europe, et bien des citoyens disent non : ils refusent qu’on fasse leur bien contre leur gré ? Ils ne croient pas que leurs dirigeants savent mieux qu’eux ce qui est bien pour eux ? Comme les Britanniques, comme les Suisses, comme les Français. Solution : ne demandez jamais leur avis au peuple quand vous savez qu’ils ne seront pas d’accord.

En avril dernier, lorsque le président suisse Guy Parmelin a fait sa première visite officielle à Bruxelles pour une importante rencontre avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, il lui a transmis un amer message : la Suisse ne parvenant pas à mettre en œuvre un nouvel accord institutionnel avec l’UE, et les relations entre les deux pays sont dans l’impasse.

Le problème est que, comme le Royaume-Uni, la Suisse a l’idée saugrenue de vouloir conserver sa souveraineté – un concept ridicule et dépassé, puisque la mode est à l’internationale socialiste sous son nouvel emballage marketing. La quadrature du cercle était difficile à résoudre, car Bruxelles ne tolère pas ce qu’elle appelle le « picorage » de droits sans l’acceptation des obligations liberticides : elle ne veut accorder aux non-membres des privilèges et des droits que les membres n’ont plus.

Lors d’un référendum en 1992, les Suisses ont rejeté l’adhésion à l’UE. Ils ont négocié un accord commercial avec Bruxelles peu après et l’ont développé depuis, avec réussite : ils ont actuellement au moins 120 accords bilatéraux qui fonctionnent bien.

  • Ils garantissent l’accès au marché pour les produits pharmaceutiques, les métaux et les produits chimiques suisses en échange de
  • l’adhésion de la Suisse aux règles du marché intérieur,
  • d’une modeste contribution financière aux régions pauvres de l’UE,
  • l’adhésion à l’espace Schengen, dans lequel il n’y a pas de contrôles aux frontières.
  • La Suisse participe aussi aux échanges d’étudiants Erasmus, à la recherche scientifique européenne et à la coopération policière.

La Suisse avait donc, jusqu’à hier minuit, le meilleur des deux mondes : l’accès au plus grand marché unique du monde et liberté de jouer la carte de la souveraineté. Cette liberté ne plaît là pas à Bruxelles, qui veut imposer sa vision politique globalisée.

Trois points de blocage trop destructeurs de l’économie et de l’identité suisse

Trois points ont suscité les doutes et la résistance des citoyens suisses durant la longue phase de consultation sur le projet d’accord-cadre institutionnel proposé par l’UE. Il s’agit de la protection des salaires (qui représente un danger pour les salaires suisses selon les syndicats et l’UDC), la directive sur la citoyenneté (qui permet de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres et offrir le bénéfice de la couverture sociale aux étrangers) et des aides d’Etat.

« L’envie de Brexit »

Comme si les choses n’étaient pas déjà si compliquées, lorsque Boris a conclu un difficile accord avec l’UE en décembre dernier, les Suisses ont découvert deux demandes des Britanniques qui les ont rendus jaloux :

  • La première est que la Cour européenne de justice – les « juges étrangers » – n’a aucun rôle direct dans les différends entre Londres et Bruxelles.
  • La seconde est que les Britanniques n’ont pas à suivre « dynamiquement » les règles européennes comme le fait la Suisse.

En quelques jours, les politiciens et les citoyens suisses ont exhorté leur gouvernement à se rendre à Bruxelles, l’accord de Brexit en main, pour ajouter ces deux points à leurs demandes. En ce sens, le Brexit a définitivement rendu la relation UE-Suisse plus difficile à gérer. Les Suisses ont même un mot pour cela : « l’envie de Brexit » (1).

Un « Brexit plus » : le commerce, et rien d’autre

L’Union démocratique du centre (UDC), dont M. Parmelin est membre, et la plateforme d’entrepreneurs Autonomie suisse sont contre l’accord dicté par les Européens. Ils ne sont pas les seuls : même si les médias sont restés très discrets, les sociaux-démocrates et la gauche sont divisés. Des groupes pro-UE ont également vu le jour. Soudainement, il y a eu un nouvel élan politique en Suisse : la discipline de parti s’est évaporée pour le plus grand bien de la démocratie, et les débats précédemment quasi inexistants sont devenus intéressants.

Dans le même temps, un compte-rendu de réunion entre la Commission européenne et les représentants des États membres à Bruxelles, qui a fait l’objet d’une fuite (2), a montré que le gouvernement suisse restait les bras croisés alors que le débat s’intensifiait.

278 milliards de dollars

Depuis ce 26 mai, les entreprises de technologie médicale du pays ne pourront plus exporter librement leurs produits vers l’Union européenne comme elles le faisaient depuis des années. Au lieu de cela, elles seront reléguées au statut de « pays tiers », ce qui les obligera à établir un représentant dans l’Union et à respecter les spécifications de l’UE en matière d’étiquetage des produits, tout en leur imposant d’autres formalités administratives.

Ce secteur est la dernière victime dans la guerre d’usure entre Bruxelles et la Suisse, qui met en péril une relation commerciale de 250 milliards de francs suisses (278 milliards de dollars).

L’incapacité des deux parties à conclure un nouveau traité politique cadre pour remplacer un fatras d’accords individuels qui fonctionnaient bien et régissent leurs relations, se transforme en une menace économique pour la nation helvétique, qui doit faire face à des obstacles croissants au marché unique.

Une nouvelle détérioration des liens avec la principale destination des exportations du pays pourrait nuire à son marché de l’électricité, à ses entreprises industrielles ou à son secteur bancaire, qui cherche à accroître ses activités transfrontalières avec l’UE.

« C’est un champ de mines qui est malheureusement déroulé devant nous », a déclaré René Schwok, professeur de sciences politiques à l’Université de Genève. « Chacune de ces mines va exploser ».

Le groupe industriel Swiss Medtech estime que les coûts de développement des produits des entreprises augmenteront de 30 % en raison des obstacles au commerce. Si les entreprises industrielles et pharmaceutiques subissent le même sort, la facture s’élèvera à 1,3 milliard de francs par an, selon le groupe de réflexion Avenir Suisse.

« Si vous réfléchissez à long terme, vous ne voyez que des inconvénients en termes économiques pour les deux parties », a déclaré Jan Atteslander, responsable des relations internationales d’economiesuisse. « Pour nous, les dégâts sont probablement un peu plus importants ».

Benjamin Franklin a dit un jour : « ne jetez pas des pierres à vos voisins si vos propres fenêtres sont en verre ». Parmelin et von der Leyen n’avaient rien à gagner d’une nouvelle escalade, mais Parmelin répond à la sagesse populaire, Leyen à la folie idéologique.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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