19/06/2021

De Gaulle : «Je le sais, que l’armistice était nécessaire pour la suite de la guerre, mais surtout ne l’avouez jamais»

22 juin 1940 : l’armistice est signé.

Ambassadeur de France en Espagne, le maréchal Pétain est appelé afin de lui confier la vice-présidence du conseil du gouvernement Paul Reynaud. Le général Franco le met en garde contre cette proposition venant d’un gouvernement défaitiste et qui cache d’autres objectifs. 

Le 14 juin 1940, Paris avait été envahi par l’Armée allemande et le Président de la République, le gouvernement et les Assemblées s’étaient repliés sur Bordeaux.

La bataille de France était irrémédiablement perdue.

Les officiers, les troupes sont en totale débâcle. Il n’y a plus aucune résistance sur aucun front.

Philippe Pétain en est parfaitement conscient, tout comme il est conscient que c’est pure folie que d’accepter ce poste dans de telles conditions, mais il estime qu’il s’agit là de son devoir de français, qu’il ne peut abandonner la France à son terrible destin et que seul un armistice peut mettre fin à cette situation sans issue.

Dès le 27 mai, le maréchal avait exposé sa stratégie au Président de la République Albert Lebrun. Il lui proposait un armistice afin de garder un tiers du territoire non occupé et cela avec deux objectifs très importants : 

  1. Conserver une ouverture sur notre empire dans l’éventualité d’une reprise de l’offensive plus tard. 
  2. Empêcher l’armée allemande d’atteindre les Pyrénées et de pénétrer en Espagne et surtout, le plus important aux yeux du maréchal, interdire aux Allemands d’occuper le rocher de Gibraltar, ce qui leur aurait offert le contrôle de l’accès à la Méditerranée et, par la suite, d’envahir l’Afrique du Nord. 

    En effet, en conservant libre un tiers sud de la France, Pétain, en accord total avec le général Franco avec qui il s’est entendu avant de quitter son poste d’ambassadeur à Madrid, empêche les forces allemandes d’approcher les Pyrénées et d’entrer en Espagne. (Un accord secret obligeait l’Espagne à collaborer avec les Allemands si son territoire avait été envahi.) 

C’était là puissamment raisonné et Pétain tient absolument à convaincre le président du conseil Paul Reynaud qui se montre hésitant.

À plusieurs reprises, le maréchal donne sa démission et refuse catégoriquement d’obéir à la décision du président du conseil de quitter la France pour rejoindre Alger.

« Il n’est pas question une seule seconde d’abandonner les Français à ce triste sort dont nous sommes, dont vous êtes, vous et votre gouvernement, en grande partie responsable. Je déclare, en ce qui me concerne, que hors du gouvernement s’il le faut, je me refuserai à quitter le sol métropolitain, je resterai parmi le peuple français pour partager ses peines et ses misères. »

On a besoin de lui pour « sauver les meubles » et il répond présent, comme il l’a toujours fait.

C’est vraiment au cours de ces 48 heures que les destins de Pétain et de De Gaulle se séparent définitivement. Le maréchal se dévoue pour ses compatriotes. Il se met au service de la France.

De Gaulle, puisqu’il n’a pas été retenu dans le nouveau gouvernement formé par Pétain, a profité de l’avion envoyé par Londres, afin de ramener le ministre Georges Mandel, pour s’enfuir en Angleterre.  

Puisqu’il n’a trouvé aucun moyen de rentrer en France (selon des dires !), il décide de jouer sa propre carte et dès lors il met la France à son service. 

Combien d’officiers et de soldats auraient perdu la vie dans d’ultimes et inutiles tentatives de résistance si cet armistice n’avait pas été signé ? De Gaulle lui-même est forcé d’admettre qu’il s’agit d’un désastre comme la France n’en a jamais connu. 

(Grâce à l’armistice, notre empire colonial restait sous l’autorité du gouvernement français. L’armée d’Afrique disposait de 100.000 hommes, qui participeront plus tard aux batailles de Tunisie, d’Italie et au débarquement en Provence, avec l’aide de 50.000 soldats venue d’AOF.

Pétain obtenait également qu’une armée de 100.000 hommes reste disponible sur le sol français (nombreux seront ceux qui rejoindront la résistance par la suite)

Nous avons pu constater les conséquences dramatiques sur la suite de la guerre, pour les forces allemandes, de l’armistice signé dans de telles conditions. 

A posteriori que pensent nos « ennemis » d’alors sur l’armistice obtenu par le maréchal Pétain qui fut davantage un acte stratégique que politique ?

Que ce fut une erreur, mais une erreur allemande :

  • GOERING, commandant en chef de la Luftwaffe et successeur désigné d’Hitler : L’armistice fut la plus grosse faute du Führer. S’interdire de poursuivre notre progression irrésistible vers l’Espagne nous a sans aucun doute fait perdre la guerre. 
  • RENTHE-FINK, ministre : Le Führer a commis en juin 40 une faute inconcevable en concluant un armistice au lieu d’occuper immédiatement tout le territoire français et l’Afrique du Nord. 
  • KEITEL, commandant suprême des forces armées allemandes : L’histoire eut été différente si le Führer n’avait pas laissé à la France sa marine, ses troupes coloniales et son Empire. 

Quant à Churchill il déclarera en 1943 : 

« L’armistice nous a en somme rendu service. Hitler a commis une faute en l’accordant. Il aurait dû aller en Afrique du Nord, s’en emparer et poursuivre jusqu’en Egypte. Nous aurions eu alors une tâche bien difficile. » 

Cette même année, il ajoute : 

« Je n’ai jamais dit que la France a trahi en demandant l’armistice, j’ai moi-même reconnu qu’elle était dans la nécessité de le faire. J’ai trouvé à Londres quelqu’un qui a soutenu, spontanément, cette thèse de la trahison française C’est un général français, je m’en suis servi. » 

De Gaulle, lui-même, en s’adressant plus tard au général d’aviation Odic, dira : 

« Je le sais que l’armistice était nécessaire pour la suite de la guerre, mais surtout ne l’avouez jamais. » 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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